Violences gynécologiques : « On n’apprend pas aux soignants à répondre aux angoisses »

Dans son cabinet, la psychothérapeute et sexologue Nathalie Giraud‐Desforges recueille la parole des victimes de violences gynécologiques. Selon elle, il faudrait se pencher sur la formation des personnels soignants, pour impulser un changement.

Vendredi 26 octobre, Le Parisien s’est procuré un rapport de la Société française d’hygiène hospitalière alertant sur le niveau insuffisant de désinfection du matériel d’échographie vaginale.

Le texte fait aussi état des violences physiques et psychologiques qui parfois en découlent : une femme persuadée d’avoir contracté un papillomavirus au cours d’une échographie, une autre expulsée d’un cabinet car un peu trop curieuse au sujet de l’hygiène de sa sonde d’examen…

Nathalie Giraud‐Desforges est psychothérapeute et sexologue. Elle reçoit fréquemment des patientes « en vrac » après qu’elles ont subi ce genre de violences. Pour agir sur ces violences sans stigmatiser le personnel soignant sous pression, la spécialiste milite pour que l’apprentissage de la psychologie et de la sexualité prenne une part plus importante dans leur formation.

C’est l’objet du projet qu’elle mène avec des collègues gynécologues, sages‐femmes, sexologues, kinésithérapeutes : un institut thérapeutique pour la santé sexuelle. L’idée ? Informer et former les soignants aux « bonnes pratiques ». Entretien.

Le problème des sondes vaginales soulevé par le rapport de la Société française d’hygiène hospitalière relève‐t‐il de ces violences obstétricales et gynécologiques (VOG) ?

Tout dépend de ce que l’on met dans le mot violence. Si l’on considère que le refus d’accorder une information de base peut constituer une violence, alors oui.

Le praticien est en situation de puissance par rapport à son patient, parce que c’est lui qui détient cette information. S’il ne la transmet pas, alors il ignore l’inquiétude de la patiente, il dénie l’existence de son angoisse.

Ce déni peut être très violent. Et puis il y a la violence des mots aussi. Comme dit le psychologue américain Marshall Rosenberg, « les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs ».

Mais il faut comprendre que très souvent cette violence n’est pas infligée délibérément. C’est plutôt un manque d’attention, une méconnaissance. Et c’est cette méconnaissance qui devrait être traitée.

Quels traumatismes ont subi les femmes qui viennent vous voir ?

Les femmes qui viennent me voir sont en vrac. Elles ont perdu toute estime d’elles-mêmes et se disent : « Je ne suis pas importante, je n’existe pas. » Parce que quand elles ont posé des questions, on ne leur a pas répondu.

Il y a cette femme en rémission de cancer, qui craint une rechute. Au téléphone avec son docteur après de nouveaux tests, il lui dit : « Nous allons attendre les résultats, mais vous connaissez, vous savez ce que ça fait, pas besoin de vous l’expliquer encore. » C’est une violence énorme. Elle avait besoin d’être rassurée, au lieu de cela elle a pleuré pendant deux jours.

J’ai aussi reçu une jeune cliente traumatisée par son premier examen gynécologique. Alors qu’elle est impressionnée, encore vierge également, son gynécologue lui met un speculum froid dans le vagin, sans la prévenir, sans lui expliquer.

Une autre m’a confié que son gynécologue lui avait conseillé d’arrêter d’allaiter si elle ne voulait pas que sa poitrine se déforme… Avant de lui proposer de lui refaire « un sexe de jeune fille, tout lisse », parce qu’une de ses lèvres avait été déchirée pendant l’accouchement.

Comment remédier à ces violences ?

Il faut peut‐être envisager le problème différemment : comprendre que la plupart du temps, le personnel soignant ne veut pas [elle insiste sur ces mots, ndlr] être violent. Il fait juste son boulot, souvent sous pression.

Le progrès peut passer par la communication, et surtout l’éducation. Cette problématique des VOG n’est pas encore considérée dans les cursus diplômants, qui ne donnent aucune part à l’accueil et à la parole à côté des soins. Les sages‐femmes, par exemple, ont seulement deux heures de sexualité dans leur cursus. Et rien sur la communication ou la psychologie.

On n’apprend pas aux soignants à répondre aux angoisses des patientes. Pourtant ce sont de petites phrases, toutes simples, qui peuvent tout changer. Dire « je vois que vous êtes inquiète ». Des petits gestes aussi, comme chauffer le gel avant une échographie. Ce n’est pas compliqué, et cela peut créer un cadre rassurant et sécurisant.

Quelques liens utiles :