Angela Merkel : les raisons d’un crépuscule

Revers électoraux, coalition fracturée, baisse de popularité… Angela Merkel vient d’annoncer qu’elle quittera la vie politique à l’issue de son mandat de chancelière, en 2021. Une décision presque inéluctable face aux désaveux des urnes.

Des victoires au goût amer. Voilà comment qualifier les résultats des deux dernières élections en Bavière et en Hesse, qui ont précipité l’annonce de la chancelière. D’abord la CSU, allié crucial de Merkel, a perdu sa majorité absolue il y a deux semaines, en obtenant seulement 37% des suffrages aux élections régionales en Bavière. Un résultat bien faible dans une région considérée comme son fief. 

Puis c’est son propre parti, la CDU, qui a subi hier une lourde désillusion en ne récoltant que 27%  des bulletins aux élections régionales en Hesse, affichant un recul de dix points par rapport au scrutin de 2013. En Bavière comme en Hesse, l’allié du SPD a lui aussi été désavoué, fragilisant un peu plus la coalition déjà fracturée. À chaque fois, les élections ont profité au parti d’extrême-droite anti‐migrant et anti‐Merkel, Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Dans la foulée, la chancelière allemande a annoncé ce matin qu’elle quitterait la présidence de la formation politique en décembre, lors du prochain congrès. « Elle ne se représente plus à la présidence du parti », a indiqué un responsable de la CDU. Depuis plusieurs mois, la chancelière lutte pour le maintien de sa coalition avec le Parti social‐démocrate (SPD), mais celle‐ci apparaît au bord de l’implosion.

Une politique migratoire impopulaire

« La CDU n’a pas su convaincre suffisamment les électeurs », a estimé la chancelière. Et elle n’y arrive plus depuis près de trois ans. Catalyseur de l’impopularité : ses décisions face à la crise migratoire. La chancelière a choisi, en 2015, d’accueillir un million de migrant, alors que la Hongrie fermait ses frontières. Puis elle a débloqué 6 milliards d’euros, l’année suivante,  pour la prise en charge des demandeurs d’asile. Un geste d’ouverture qui lui a valu d’être accusée « d’impérialiste moral » par le premier ministre hongrois Viktor Orban, et a coûté des points à son parti dans les sondages.

Les intentions de vote pour la CDU sont passées de 41% avant la crise à 34%. Sa cote de popularité personnelle est, elle, tombée en dessous des 50% d’opinions favorables. Depuis, l’AfD fait de la politique migratoire un véritable fond de commerce alimentant sa croisade anti‐Merkel. Une parole qui trouve un écho auprès des électeurs, et qui a poussé les cadres de la CDU à réclamer depuis des mois un coup de barre à droite. 

Des pressions auxquelles la chancelière n’a pas cédée. Et qu’elle espère, par cette annonce, enrayer : « L’élection d’hier doit être une césure. Il doit y avoir une chance pour la CDU, la CSU et le SPD d’identifier les éléments de paix dans le pays et de vivre ensemble. »