Boutef rempile, Barbès rit jaune

Abdelaziz Bouteflika, le président algérien, malade, n’apparaît plus en public. Il est annoncé comme probable candidat à l’élection présidentielle de mai 2019 par le secrétaire général du FLN. En « bons » journalistes parisiens, nous avons foncé à Barbès. La diaspora algérienne y oscille entre colère et résignation

A Barbès, les réactions sont diverses, voire étonnantes quand on évoque le nom d’Abdelaziz Bouteflika. Souvent, la moquerie. Ricanements et mots doux sont adressés au président. Nadir, accoudé au comptoir d’un petit commerce, ouvre le bal. « C’est pas normal, c’est l’entourage de Bouteflika qui dirige. Regardez son état physique, ils doivent lui mettre des couches ! » s’emporte-t-il, en prenant à partie la clientèle. Celle‐ci, pas toute jeune, a aussi son mot à dire. « Une chaise ou lui, ça serait la même chose » surenchérit un « fils de combattant ». Les clients rigolent, et quittent la boutique un pain sous le bras.

Parfois, la méfiance. Comme dans ce bar, quelques pas plus loin où le patron explique qu’« on ne parle pas politique », « c’est l’omerta ». Ici il n’y a que « des loubards ». Circulez, il n’y a rien à voir.

La colère, aussi. Rentré d’Algérie il y a un mois ‚sa veste de couleur verte sur le dos, Adem occupe le pavé. Pour lui, hors de question d’aller voter. Son avis n’est pas pris en compte. Entouré par trois ou quatre concitoyens, il éructe. « De toute façon c’est l’armée qui gère le pays, la population en a marre ». Quand on l’interroge sur le rôle politique de la jeunesse, sa réponse est sans appel : « Au bled, si t’ouvres ta bouche, t’es mort ».

Toujours l’indifférence. Pour Hilan, un étudiant de 21 ans en master à la Sorbonne, on frôle « le désintéressement total ». Il y a d’autres priorités pour la jeunesse qui pense d’abord à s’en sortir professionnellement et personnellement, avant de s’investir politiquement. » « Perplexe » quant à la probable candidature de Bouteflika, il constate l’inertie politique du pays, mais aussi le manque de place pour la jeunesse. Sans cesse, celle‐ci est renvoyée à son « inexpérience » et au fait d’avoir grandi en France.

Et puis Paris n’est pas Alger. La parole de la diaspora n’est pas vraiment prise au sérieux. Pour Leila Berrato, correspondante pour RFI basée à Alger, « ceux qui sont partis à l’étranger sont perçus comme ayant réussi. Mais, parallèlement, ils sont très souvent critiqués lorsqu’ils s’expriment sur le fonctionnement du pays. On leur reproche de vivre ailleurs, ou encore de ne pas avoir vécu la guerre civile dans les années 1990 ».

Une infographie pour comprendre la carrière de Bouteflika

Marc Logelin et Yoram Melloul    Florian Yven pour  l’infographie