Jair Bolsonaro : un bûcheron pour l’Amazonie ?

Jair Bolsonaro a été élu président du Brésil avec 55,13% des voix. Son projet pour l'Amazonie fait frémir les défenseurs de l'environnement.

Dans un programme de 80 pages, il ne fait aucune mention des formules de «réchauffement climatique» ou de «déforestation». La question environnementale est complètement omise du programme de Jair Bolsonaro. Et ce n’est pas un hasard. «Il doit sa victoire au soutien des lobbys de l’agro-business, et des grands propriétaires du Centre-Ouest», souligne Marie-Françoise Fleury, géographe spécialiste du Brésil. L’ancien militaire entend supprimer le ministère de l’Environnement pour le rattacher au ministère de l’Agriculture. Le futur ministre devrait être un proche de la «bancada ruralista», le principal lobby de l’agro-industrie dans le pays. «Il veut se débarrasser des réglementations environnementales actuelles. On peut craindre une reprise d’une déforestation forte», s’inquiète la géographe.

Pour mieux comprendre la déforestation en Amazonie, cliquez-ici.

Les indiens d’Amérique devraient en être les premières victimes. Les terres des peuples autochtones pourraient être ouvertes à l’exploitation minière. Pourtant, celles-ci sont aujourd’hui protégées par la FUNAI (Fondation nationale de l’indien). Elles composent 13% du territoire brésilien. Sur ces terres, on ne peut ni déforester ni y exploiter les ressources. « L’indien n’aura plus un centimètre de terre », a promis Jair Bolsonaro. Il se prononce en faveur de la suppression de la FUNAI. Le nouveau président en fait même une stratégie de relance économique. Il veut relancer le projet d’autoroute BR-319 devant traverser l’Amazonie, ainsi que plusieurs constructions de barrages hydroélectriques.

Sur le plan international, le tribun nationaliste ferme la porte au projet de Triple A. Une idée de couloir écologique transnational devant relier l’Atlantique, les Andes et l’Amazonie, portée par l’ancien président colombien, Juan Manuel Santos. Ce serait abandonner « 136 millions d’hectares de forêt qui ne seraient plus sous notre juridiction, mais sous la juridiction d’autres pays », s’est indigné Jair Bolsonaro. Il menace même de sortir à terme de l’accord de Paris, si la souveraineté du Brésil sur l’Amazonie est remise en cause.

Dès le début de la campagne, les organisations écologistes se sont alarmées de ce programme. « Il y a un choix entre le développement durable et la dévastation. Bolsonaro pourrait être le dernier président brésilien en position pour faire ce choix », s’est indigné Greenpeace dans un communiqué. Greenpeace rappelle que 13 millions d’hectares de forêt, soit l’équivalent de quatre fois la Belgique, disparaissent chaque année.