Qui pour succéder à Angela Merkel ?

Après 18 ans à la tête de la CDU, la chancelière allemande ne se représente pas. Tour d’horizon de ses potentiels successeurs.

Après deux revers électoraux en Bavière et en Hesse, Angela Merkel a annoncé ne pas se présenter à sa propre succession à la tête de l’Union chrétienne‐démocrate. Après 18 ans, elle tire sa révérence. Si elle chancelière n’a pas désigné de successeur, plusieurs personnalités sont pressenties.

La présidence du parti est un poste clé, qui va souvent de pair avec la chancellerie. Le nouveau chef du parti, qui sera nommé lors du congrès de Hambourg début décembre, décidera de la direction à suivre. Deux options se posent : poursuivre sur un cap modéré et centriste ou donner un coup de barre à droite pour contrer la poussée de l’extrême-droite.

Annegret Kramp‐Karrenbauer, la dauphine officieuse

La Sarroise de 56 ans s’est déclarée candidate à la succession d’Angela Merkel. Elle bénéficie de son soutien officieux. Cette juriste et politologue, catholique pratiquante, tire profit de sa légitimité en tant que secrétaire générale de la CDU, poste auquel elle a été élue en février 2018 avec près de 99 % des voix. Surnommée « AKK », « mini‐Merkel » ou « Merkel de la Sarre », elle s’inscrit dans la continuité de la politique de la chancelière. Plus progressiste en matière de politique sociale, elle s’est illustrée sur la question des réfugiés, s’opposant plusieurs fois au chef conservateur de la CSU, l’allié bavarois de son parti. Mais elle a aussi su donner des gages aux conservateurs en se prononçant contre le mariage homosexuel. Encore en mal de notoriété, elle est partie à la rencontre des militants lors d’une « tournée d’écoute »à travers l’Allemagne.

Jens Spahn, le critique acerbe

À 38 ans, le ministre de la Santé affiche ses ambitions. Il s’est déclaré candidat à la tête de la CDU lundi. Considéré comme le chef de l’aile conservatrice du parti, il s’est montré très critique envers la chancelière, s’opposant à sa politique migratoire dès 2015. C’est un protégé de Wolfgang Schaüble, président du Bundestag et meilleur ennemi d’Angela Merkel. Très présent dans les médias, il affiche sa proximité avec le chancelier autrichien Sebastian Kurz et l’administration Trump. Prônant un virage conservateur et un rajeunissement du parti, l’ambitieux benjamin du gouvernement risque de se voir reprocher sa jeunesse. Il pourra opposer aux critiques son expérience : il est entré au Bundestag en 2002.

Friedrich Merz, le vieux rival

L’homme d’affaire de 62 ans est une vieille connaissance d’Angela Merkel. Quand elle devient présidente de la CDU en 2000, il prend la tête du groupe parlementaire conservateur CDU/CSU. Avant d’en être délogé par Merkel en 2002. Il annonce ensuite sa retraite politique en 2009 et part dans le privé. Il dirige aujourd’hui la branche allemande de Black Rock, géant mondial de la gestion d’actifs. Selon Bild (article en allemand), il serait prêt à revenir pour prendre sa revanche.

Armin Laschet, le poids‐lourd régional

Le ministre‐président de la Rhénanie‐du‐Nord‐Westphalie envisagerait de présenter sa candidature. Il tire son influence du poids démographique et économique du Land qu’il dirige. Cet ancien journaliste de 57 ans est soutenu par le chef du parti libéral FDP et s’entend bien avec les Verts, ce qui lui permettrait de former une coalition « jamaïcaine » s’il devenait chancelier. Proche d’Angela Merkel, dont il défend la politique sur l’asile, il n’entretient pas de très bonnes relations avec la CSU. Il prône une politique de tolérance zéro en matière de sécurité intérieure.