Sabrina, pourfendeuse du patriarcat

Disponible depuis le 26 octobre sur Netflix, Les nouvelles aventures de Sabrina reprend les personnages de la sitcom phare des années 90, version post #MeToo. Attention, spoiler.

Exit l’esthétique kitsch et l’intrigue mièvre de Sabrina, l’apprentie sorcière, la sitcom iconique des années 90, diffusée de 1996 à 2003. Quinze ans plus tard, le remake de la série est macabre, sombre, pop, et résolument moderne. Ce virage à 180 degrés, on le doit à Roberto Aguirre‐Sacasa, également showrunner de la série Riverdale.  La version 2.0 de Sabrina est adaptée d’une nouvelle version du Comics, lancée en 2014 : Chilling adventures of Sabrina (Les terrifiantes aventures de Sabrina). Mais le personnage de Sabrina apparaît en 1962 chez Archie Comics. La série de Roberto Aguirre‐Sacasa est l’adaptation de cette version horrifique des aventures de la jeune sorcière.

Dans ce reboot, l’héroïne vit toujours avec ses tantes Hilda et Zelda à Greendale. On retrouve également son copain, Harvey, et son chat, Salem. Mais les similitudes s’arrêtent là. La Sabrina des années 90, obsédée par le bal du lycée laisse place à une version féministe et badass (dure à cuire), qui combat le patriarcat dans les couloirs de son lycée en même temps que Satan lui‐même. Les tantes loufoques cloîtrées dans leur charmant pavillon sont remplacées par deux sorcières servant le diable dans un manoir gothique glauquissime. Leur couverture dans le monde des mortels : les pompes funèbres. Ambiance. Harvey, le petit copain de Sabrina et quarterback de l’équipe du lycée évolue en un personnage moins caricatural, plus torturé. Des personnages plus complets, oui, mais la série s’inscrit surtout dans l’ouragan post #MeToo.

L’ère post #MeToo

Dans le monde des sorciers, la lutte féministe est d’autant plus marquée. Sabrina se heurte à un dogme dépassé, une religion satanique poussiéreuse qui prône la soumission au diable. La série se réapproprie la thématique de la sorcellerie, utilisée contre les femmes depuis la nuit des temps, pour en faire un outil de prise de pouvoir et d’émancipation. On notera par exemple le trio des « sœurs Bizarre », qui sautent sur l’occasion pour se venger des hommes mortels et leur ôter leur virilité. Au sens propre.

Un an après le scandale Weinstein et les milliers de témoignages de femmes sous le hashtag #MeToo, les séries s’adaptent à cette société post #BalanceTonPorc. Sabrina, féministe convaincue — et convaincante — tente de contrer son misogyne de proviseur pendant ses heures de cours. Création d’un club pour filles non mixte, question de l’homophobie et la transphobie à travers le personnage de Suzie, adolescent.e non binaire harcelé.e par un groupe de garçons … La série dark rétro n’en est pas moins ultra moderne et consciente de son époque.
La nouvelle Sabrina, emmenée par l’étonnante Kiernan Shipka (Sally Drapper dans Mad Men), à la fois vulnérable et ultra déterminée, n’hésite pas à aller au front contre le patriarcat.

En phase avec la société actuelle, la série s’inscrit dans la mouvance des séries féministes qui se nourrissent du mouvement MeToo. On pense notamment à la série HBO The Handmaid’s Tale qui met en scène une dystopie où le patriarcat est roi, et les femmes fertiles sont les esclaves sexuelles des puissants pour leur donner des enfants. Ou encore à Big Little Lies qui met en scène des mères de famille et montre frontalement les violences conjugales, Jessica Jones saison 2 qui illustre parfaitement la colère des femmes, et la dernière pépite de Spike Lee, She’s gotta have it, la plus féministe de toute.

De toute évidence, le mouvement MeToo s’est déjà enraciné dans la pop culture. Une reconversion réussie, et c’est tant mieux.

© Capture d’écran bande annonce Netflix Capture d’écran bande annonce Netflix