La peine de mort plane sur le tireur de Pittsburgh

Robert Bowers, le tueur de Pittsburgh, a été inculpé lundi 29 octobre de vingt-neuf chefs d’accusations pour lesquels il encourt la peine de mort. Le terroriste rejoindrait alors le tristement célèbre couloir de la mort étasunien.

Robert Bowers a reconnu avoir tué onze personnes dans la synagogue Tree of Life de Pittsburgh. Au regard du traumatisme produit à l’échelle de tout le pays, il risque d’être exécuté dans le cadre d’une condamnation fédérale. Mais le processus légal est long : son avenir ne sera pas fixé demain. 

Le procureur en charge de l’affaire a déjà requis l’autorisation de demander la peine de mort auprès du ministère de la Justice, première étape de la procédure. Cette décision dépend de différents critères. Plusieurs d’entre eux sont réunis dans le cas de l’attentat de Pittsburgh : la crédibilité des preuves, le caractère haineux du crime, l’impact sur les familles des victimes, la préméditation … Robert Bowers avait annoncé ses intentions sur le réseau social GAB, particulièrement apprécié des suprémacistes blancs, deux heures avant la tuerie. Jeff Sessions, ministre de la Justice, devrait donc accéder à la requête du procureur.

Dans ce cas, c’est un jury qui décidera de la peine du tireur. Deux options punitives sont sur la table : la prison ou l’exécution. Cette sentence est adoptée en fonction du contexte du crime. Le caractère antisémite de la tuerie sera sûrement retenu par le procureur comme une circonstance aggravante. Sur son profil GAB, l’auteur de la tuerie affirmait que « les Juifs sont les enfants de Satan ».

« Les condamnés adorent le couloir de la mort »

Pour Elie Honig, analyste chez CNN, Robert Bowers pourrait bien être condamné à mort. Cette condamnation ne signifierait pas forcément la fin, plutôt l’attente. La peine capitale a été ré‐autorisée au niveau fédéral en 1988, et depuis, trois personnes ont été exécutées … sur soixante‐dix‐huit condamnés. Avec douze libérations prononcées depuis, ce sont soixante‐trois condamnés qui peuplent actuellement le couloir de la mort. 

L’un des derniers condamnés à le rejoindre est Dylann Roof, jugé en 2017 pour le meurtre de neuf personnes dans un attentat visant une église afro‐américaine de Caroline du Sud. Loup solitaire comme Robert Bowers, le tueur attend son exécution depuis un an. Il n’en est qu’au début : aux États‐Unis, les condamnés à mort patientent en moyenne quinze ans avant d’être exécutés. Si bien qu’environ un quart des détenus décède de mort naturelle dans le couloir de la mort. 

Cette attente peut sembler infinie, mais elle est parfois souhaitée par les prisonniers. Dans sa série documentaire I am a killer, Netflix interroge un détenu qui a tué son camarade de cellule dans le but d’être condamné à mort. Une infirmière carcérale y explique que « les condamnés adorent le couloir de la mort : ils ont des TV, de la meilleure nourriture, leur propre couvre‐lit… » Une condition préférable aux cellules d’isolement où sont souvent incarcérés les détenus les plus dangereux. 

Au jury de trancher quel sort réserver à Robert Bowers.

Aux États‐Unis, les condamnations à mort résultent des juridictions spécifiques des États mais aussi dans certains cas du droit fédéral, qui prévaut. Cela signifie que selon l’ampleur du crime commis, on peut être condamné à mort dans un État qui a aboli cette peine. En 2004, Gary Sampson est condamné à mort par une cour fédérale pour des meurtres perpétrés dans le Massachusetts… État qui a aboli la peine de mort en 1984. Pour clarifier la complexité du système étasunien, nous vous proposons une mise au point sur la législation actuelle, État par État. 

Infographie : Juliette Mansour