Prison : le Genepi condamné à mort ?

L'association étudiante Genepi s'est vu retirer sa convention permettant d'intervenir en prison. La direction de l'Administration pénitentiaire lui a également supprimé ses subventions. Cette peine pourrait bien sonner le glas de l'association quadragénaire.

« Si on ne récupère pas la convention, c’est la mort du Genepi », se désole Sophie Chardon, vice‐présidente de l’association. Contactée par téléphone, elle explique que cette convention est indispensable pour intervenir auprès des détenu.e.s. « La direction de l’Administration pénitentiaire (DAP) dit qu’on peut continuer l’action en détention sans convention. Mais depuis le 20 septembre, date à laquelle le non‐renouvellement nous a été notifié, les prisons nous ferment leurs portes ».

La Genepi, c’est des ateliers avec les détenu.e.s, de la sensibilisation du grand public sur les conditions d’incarcération. Ainsi, un atelier du Genepi au Centre pénitentiaire de Fresnes a été « arrêté du jour au lendemain, sans qu’on puisse dire au revoir aux détenu.e.s », raconte Sophie. Cet atelier d’apprentissage de la langue des signes avait pour but de sortir un détenu sourd de son isolement au sein de la prison.

Le non‐renouvellement de cette convention, établie entre la DAP et le Genepi en 1976, signifie également la fin des subventions. « Les 50 000€ de subvention, c’est deux tiers de notre budget qui disparaît », déplore Sophie Chardon.

« On n’a pas à faire les missions de l’État »

Si la DAP souhaite que le Genepi intervienne davantage via des ateliers de soutien scolaire, l’association, qui œuvre depuis 42 ans dans les prisons, ne l’entend pas ainsi. Voici la raison officieuse qui a poussé l’administration à suspendre la convention du Genepi. « Si on privilégie les ateliers socio‐culturels aux scolaires, c’est parce que nous n’avons pas à faire les missions de l’État dans les prisons », tance Sophie Chardon. « Les ateliers socio‐culturels, ce sont aussi des espaces de liberté, de lien social avec les détenu.e.s. On n’est plus les élèves dociles qui acceptent les politiques carcérales de l’État ».

Juliane Pinsard, vice‐présidente du Syndicat de la magistrature, affirme que « le syndicat soutient totalement le Genepi contre cette décision de l’administration pénitentiaire ». Les ateliers de l’association, « c’est essentiel dans les prisons », explique cette juge d’application des peines. « Leurs actions sont complémentaires de celles de l’administration pénitentiaire ».

Hier‐après midi, le cabinet de la Garde des sceaux, Nicole Belloubet, a reçu l’association pour lui confirmer la décision de la DAP, de suspendre convention et subventions. Le Genepi poursuit les négociations et affirme « être ouvert à la discussion ».

Dans des prisons françaises surpeuplées, au taux de suicides supérieur à celui de la population non‐détenue, la disparition du Genepi serait alarmante.