Grand Froid : les femmes toujours laissées pour compte

Le gouvernement vient d’annoncer l’ouverture de 14 000 places d’hébergements dans le cadre de son plan grand froid. Au-delà d’un plan « sous-dimensionné » pour les associations, les femmes, qui représentent près de la moitié des sans-abri, semblent toujours absentes du dispositif.

« Quand t’es une femme à la rue, tu ne dois pas porter de maquillage, pas de jupes, pas de talons, tu t’habilles comme un garçon. T’es plus du tout féminine. Pas d’argent pour t’occuper de tes dents, de tes yeux ». Myriam, sans‐abri depuis dix ans, témoigne auprès du Samu social de Paris. Sur le site larueavecelles, elles sont plus d’une dizaine à relater la lutte quotidienne, l’effacement progressif de leur féminité mais surtout la peur de s’endormir dehors une fois la nuit tombée.

Les stratégies de nuit 

Pour Esther, bénévole au Samu, « une femme dans la rue est une femme en danger ». Francine, ancienne sans‐abri, abonde dans ce sens : « La nuit t’es une proie. Dans la rue je me suis fait agressée plein de fois ». Lorsqu’elles n’ont pas d’hébergement, pour ne pas être visibles ni paraître vulnérables, elles vont privilégier des lieux fréquentés. Par exemple, se faire passer pour une usagère « normale » des transports, toute la nuit. Si ça ne marche pas, les hôpitaux, parkings et autres commissariats seront leurs derniers refuges.

Fanny vient de trouver un studio et se remémore : « Les centres d’hébergement pour moi, c’était jamais simple. Personne ne sait si on doit me traiter comme une nana ou un mec et souvent ça se passe pas bien, ni d’un côté ni de l’autre ». Les centres dédiés aux femmes sans‐abri ne sont pas assez nombreux. Seulement deux en région parisienne.

Une prise de conscience associative

 L’enjeu pour Stéphane Delaunay, directeur de la communication du Samu social, est d’améliorer les conditions d’accueil. « Nous sommes trop seuls concernant les femmes. Je n’ai jamais entendu parler d’initiative particulière de la part du gouvernement ». Les actions locales pour les accueillir sont cependant en augmentation. La Cité des Dames à Paris en est l’exemple le plus récent. Ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, ce lieu d’accueil de l’Armée du Salut et de l’Association pour la santé des femmes ouvrira ses portes le 1er décembre. Son but : être un lieu de repos et d’accès aux soins pour les femmes sans domicile fixe.

L’association féminitésansabri, fondée à Bordeaux, a créé un réseau d’hébergement et d’aides à la réinsertion sociale sur toute la Gironde depuis 2016. L’association vient d’ailleurs d’ouvrir ses premiers centres en Île‐de‐France. Lucie Sanchez, présidente de l’association, résume : « nous sommes dans une phase d’éveil de conscience. La route sera longue mais j’ai bon espoir. Il y a deux ans, il n’y avait pas de centre en Gironde, maintenant nous en avons plus d’une trentaine ».

Le rôle des associations est donc crucial, surtout quand les services publics sont défaillants. Sans elles, certaines femmes n’imagineraient même pas demander de l’aide. Nicole explique, « sans l’accueil de l’association la Halte, jamais je n’aurais appelé le 115. Je pensais que ça n’était pas pour moi, que d’autres en avaient plus besoin. Maintenant, on me recherche un studio. D’ici quelques mois, je devrais retrouver une vie normale ».

Infographie : Ambre Rosala