Un festival du film lesbien et féministe, pour quoi faire ?

C’est parti pour quatre jours de projections et d’ateliers réservés aux femmes, à la 30édition du festival Cineffable (espace Reuilly, Paris 12e). « Je suis pas lesbienne, c’est pas pour moi », direz-vous ? Ben pourtant si. Pourquoi faut-il y courir ?

● Tous les films sont réalisés par des femmes, et ça fait du bien. Rappelons qu’en 2016, seuls 20 % des films français ont été réalisés par des femmes. Les réalisatrices se heurtent à de grosses difficultés pour obtenir des subventions. Elles sont in fine sous‐représentées dans les festivals prestigieux. À la Mostra de Venise en septembre dernier, un seul film réalisé par une femme était sélectionné… contre vingt réalisés par des hommes. Pour Oksana, chargée de la programmation de Cineffable, la promotion du travail des femmes dans le cinéma est un pilier du festival.

Des documentaires sur des figures féministes à l’international« Nous avons beaucoup de portraits cette année, de femmes qui se battent contre l’oppression masculine », raconte Oksana. À l’affiche : une graffeuse brésilienne qui dénonce les violences conjugales dans les favelas, une rappeuse sénégalaise qui combat l’excision, une danseuse indienne qui aide les survivantes du trafic sexuel… Ces portraits sont à découvrir jeudi après‐midi dans le long‐métrage Little Stones. On peut également noter The war to be her ce documentaire raconte l’histoire d’une jeune Pakistanaise qui défie les talibans. Avec l’aide de sa famille, elle se déguise en homme pour faire du sport librement.

Mais pour Oksana, c’est The Goddess Project qui représente le mieux l’esprit du festival : mettre en valeur toutes les femmes. Ce long documentaire fait intervenir plus de cent femmes américaines, « des femmes ordinaires qui sont en fait extraordinaires. Il révèle la déesse qui sommeille en chacun de nous ».

● Des histoires de lesbiennes… qui ne se focalisent pas sur l’homosexualité. Au festival, vous ne verrez pas seulement des histoires d’amour. Pour Juliette, bénévole, il est important de montrer des personnages lesbiens sans que leur homosexualité soit au centre de l’histoire. Autrement dit, de ne pas réduire les lesbiennes à leur orientation sexuelle. D’ailleurs, c’est quoi un film lesbien ? Oksana précise que « ce n’est pas un film sur la relation d’amour entre deux femmes, mais un film dont l’un des personnages principaux est lesbien ». Si l’homosexualité n’est pas au cœur de l’intrigue, Oksana trouve que « c’est tant mieux ». Elle s’insurge : « on n’est pas obligés de se focaliser sur la relation entre deux nanas. Ces deux nanas, elles peuvent vivre autre chose que d’être lesbiennes ». Vendredi soir, le festival présente Extra Terrestres. L’intrigue de ce long‐métrage de fiction porte sur l’exil et les relations familiales.

● Pas de remarques sexistes ou de regards sur le décolleté. Le festival est ouvert « à toute personne se reconnaissant comme femme », ce qui revient à exclure les hommes. Juliette explique qu’il s’agit seulement « d’avoir un temps, un cocon de bienveillance », où « chaque femme peut s’exprimer comme elle le souhaite, sans qu’un homme n’accapare la parole ». Le festival ne se réduit pas aux projections de films, c’est aussi une expérience sociale. Au programme également : débats avec des réalisatrices, groupes de parole, cours de danse et ateliers cinématographiques.

Aujourd’hui bénévole, Dan raconte ses premiers pas au festival, il y a plus de vingt ans. À l’époque, elle vit en province et se fait harceler sexuellement par son patron. Une fois par an, elle se réfugie alors dans ce « cocon », cet « espace qui nous est dédié, où l’on n’est pas jugé, on échappe au poids du regard des hommes ». Comme elle, Juliette insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de vivre sans les hommes. L’association qui gère le festival organise des événements mixtes pendant le reste de l’année. Pour l’heure, rendez‐vous à l’espace Reuilly jusqu’au 4 novembre.

Programme du festival à retrouver ici.