Jeunes skippers : le rêve à l’épreuve des financements

Les skippers de la Route du Rhum partent dimanche de Saint-Malo. Un rêve de gamin, pour des jeunes navigateurs amoureux du grand large. Pas facile, cependant, de financer leur passion.

Gaston Morvan est arrivé à Saint-Malo vendredi matin, en prévision du départ de la route du Rhum, dimanche à 14h. « J’adorerais être à leur place ! ». La Route du Rhum, la Solitaire du Figaro… Il rêve de ces longues courses en solitaire. Son père, Gildas Morvan, les a toutes deux courues.

 

Après cinq années en pôle espoir (Brest, puis La Rochelle), où il s’est spécialisé en Laser (petit dériveur à une voile), Gaston s’oriente vers la course au large. Pour l’aventure : il veut naviguer la nuit, plusieurs jours d’affilée. Découvrir d’autres frontières. « Le Laser, c’est marrant, mais les soirs de compet’, tu dors à l’hôtel ». Pour le financement, la course au large, c’est une autre paire de manches : Gaston se dirige vers du Figaro Bénéteau 3. Dix mètres de long et cinq voiles différentes, premiers prix neufs à 175 000 euros.

Naviguer la nuit, c’est aussi ce qui fait vibrer Tom Laperche. Ce jeune espoir de vingt-et-un ans  raconte avec émotion ses souvenirs de la Transatlantique Jacques Vabre. « Barrer sous la pleine lune en surfant à 20 nœuds, avec les vagues qui scintillent… C’était magique ». Cette expérience, Tom devrait pouvoir la revivre. Tout juste vainqueur de la sélection du Figaro-Crédit Mutuel de Bretagne, il débute en janvier un contrat au pôle Finistère Course au large (Port-la-Forêt, 29) et sera l’un des plus jeunes du circuit Figaro. « Port-la-Forêt, c’est la meilleure école pour apprendre ». L’assureur Macif – autre grand sponsor de la voile française – y finance lui aussi des futurs champions.

« Il ne suffit pas d’être un bon marin »

Gaston est arrivé deuxième à la sélection du Crédit Mutuel, derrière Tom. Il cherche donc d’autres sponsors. Il lui faut créer une structure, monter une entreprise, définir un budget. « Il ne suffit pas d’être un bon marin. Les sponsors regardent la capacité à gérer un projet. Toute la partie communication est très importante ». Il réfléchit aussi à monter une campagne de crowdfunding. Sa 2e place à la sélection du Crédit Mutuel lui a permis de nouer quelques contacts avec le Pôle Finistère. Il croise les doigts pour que son dossier soit retenu par le pôle l’année prochaine.

Le jeune marin chiffre à 200 000 euros le budget nécessaire pour une saison : acquisition du bateau, entretien, assurance… et inscription aux courses. Pour la route du Rhum, les frais d’inscription vont de 6 000 euros (pour les plus petits bateaux, 12m) à 80 000 (pour les plus gros, multicoques de la catégorie ULTIME).

Ministre

Le bateau, Kevin Bloch l’a déjà. « La course au large, j’en rêve depuis longtemps ». Aujourd’hui, il est ministre. Ministre ? Il navigue sur un mini de 6m50, acheté l’année dernière avec l’aide de ses parents, et rêve de la mini-transatlantique. Rendez-vous en 2019, si les financements sont là. « C’est pas évident, il faut intéresser les gens, trouver le temps de démarcher des sponsors. »

Le temps, c’est une chose ; la détermination en est une autre. Elle ne fait jamais défaut. Après avoir couru Les Sables (course en solitaire entre les Sables d’Olonnes et l’archipel des Açores, au Portugal), financé par sa famille et par son école d’ingénieur, Kevin ne compte pas s’arrêter. « J’ai adoré, c’était génial. J’étais trop bien sur mon bateau, même si les conditions étaient difficiles. La couleur de l’eau est souvent extraordinaire ; j’ai vu des dauphins, des baleines… ». Des sensations qu’il espère vivre un jour en participant à la Route du Rhum.

Infographie : La Route du Rhum 2018 en chiffres