Les découvertes autour de Ramsès II, une marche vers la coopération scientifique internationale

Des vestiges datant du temps de Ramsès II ont été découverts hier par une équipe égyptienne. Derrière l’histoire scientifique des traces de ce pharaon, se dessine une histoire politique et diplomatique. Retour sur quatre grandes découvertes qui dessinent les enjeux symboliques autour de l’égyptologie.

Les vestiges d’une salle de cérémonie, datant du temps de Ramsès le Grand au XIIIe siècle avant J.-C., viennent d’être exhumés. Cette découverte, d’une équipe d’archéologues du ministère des Antiquités égyptien, a été faite dans le quartier de Matariya, au Caire. L’ensemble des recherches sur cette salle seront coordonnées par les égyptologues du musée de la capitale égyptienne.

C’est donc les égyptiens qui auront la main sur cette découverte archéologique. Un fait scientifique hautement symbolique puisque Ramsès II est l’icône des prémices de l’égyptologie. Jusque très tard dans l’histoire égyptienne, ce sont les Français et les Anglais qui dirigeaient ce genre de recherches. Ils se sont octroyés au passage de nombreuses richesses archéologiques qui peuplent aujourd’hui les salles du Louvre et du British Museum.

1737 : Richard Pococke “découvre” la tombe

L’histoire moderne de Ramsès II débute en 1737, quand l’aventurier anglais Richard Pococke décide de cartographier sa tombe, la plus grande de la Vallée des Rois. Bien que le tombeau ait toujours été visible et accessible, c’est à cet amateur anglais qu’on attribue la découverte. Le jeune anglais raconte ses pérégrinations archéologiques en 1745 dans sa Description de l’Est et de quelques autres pays. Un ouvrage qui connait un grand succès en librairie.

1816 : Henry Salt s’attribue le “jeune Memnon”

Le plus connu des colosses de Ramsès II se trouve aujourd’hui au British Museum. Le “jeune Memnon” est l’un des joyaux de la collection égyptienne du musée. Pendant la campagne d’Égypte, il a été endommagé par les hommes de Napoléon, dans une tentative peu subtile de le retirer du sol où il était ancré depuis des siècles.

C’est finalement Henry Salt, consul britannique de l’époque, qui parvient à récupérer le buste de la statue.  A l’époque, les méthodes avaient été fournies par l’ingénieur italien, Giovanni Belzoni. Le reste des découvertes faites sur place sont envoyées au British Museum dans la foulée, mais le “jeune Memnon” reste entre les mains de Salt.

Le transfert du “Jeune Memnon” entre la Vallée des rois et Londres. 1816

Le British Museum lui rachète cette pièce d’exception en 1821. Aujourd’hui, elle est classée par la BBC comme le vingtième objet le plus important de l’Histoire. Zahi Hawass, égyptologue et ministre des Antiquités égyptien connu pour avoir supprimé les 10 %*, a affirmé lors d’une conférence que la statut “se languissait de l’Egypte”. Sa demande est restée lettre morte.

1975–1977 : La France offre des vacances à la momie

En 1975, le français Maurice Bucaille s’inquiète de l’état de dégradation dans laquelle se trouve la momie de Ramsès II, exposée au Musée du Caire. La France propose alors de la restaurer. Mais, pour cela, il faut que l’Égypte et la France s’accordent sur les modalités du transfert et les mesures de soin et de préservation qui seront pratiquées. Christiane Desroches-Noblecourt, archéologue, arrive à obtenir les autorisations nécessaires et organise le déplacement en coopération avec le ministère égyptien des Antiquités.

Le pharaon s’envole avec son passeport. Le 26 septembre 1976, plus de 360 000 visiteurs iront admirer la dépouille au musée de l’Homme puis au Grand Palais, avant son retour au pays, en 1977.

2017 : Les archéologues européens et égyptiens coopèrent

Des fragments de statues présentées comme celles de pharaons de la XIXe dynastie (XIIIe siècle avant J.-C.) ont été découvertes dans une fosse à proximité du temple de Ramsès II. La découverte a été effectuée par une équipe d’archéologues égyptiens et allemands dans une friche à Matareya.

Selon Ayman Ashmawy, le chef de l’équipe d’archéologues égyptiens, certains des segments découverts sont ceux d’une statue de huit mètres de long, sculptée dans du quartz et qui « représente probablement le roi Ramsès II ». Quand la presse lui avait demandé laquelle des deux équipes avait fait cette découverte, l’égyptologue avait répondu : “Il n’est pas question de nationalité. Nous étions vingt personnes à travailler ensemble.”

Ces éléments auront certainement une place de choix dans les collections du Grand Musée Egyptien, le plus grand de l’histoire du pays qui devrait probablement ouvrir ses portes en 2019, après quinze ans de travaux.

 

*Une loi en 2010 annulant le quota de 10 % de biens que les missions étrangères avaient le droit de prélever sur leurs découvertes.