Affaire Carlos Ghosn : l’avenir du patron et de son groupe en question

Les déboires judiciaires de Carlos Ghosn, lâché de toutes parts, font tanguer l'empire automobile qu'il a construit en mariant Renault, Nissan et Mitsubishi Motors.

Après l’arrestation de Carlos Ghosn pour “fraude fiscale” et “malversations” au Japon lundi, de nombreuses questions subsistent autour de l’avenir de celui qui est encore aujourd’hui PDG de Renault et président du Conseil d’administration de Nissan. Mais les interrogations concernent aussi l’alliance entre Renault , Nissan et Mitsubishi, mise à mal par ces révélations.

A Nissan, Carlos Ghosn passe de héros à paria

Jeudi, le conseil d’administration de Nissan va se réunir pour décider du sort de Carlos Ghosn. Il paraît très difficile, voire impensable, que ce dernier reste patron de l’entreprise japonaise. D’autant plus que c’est d’abord une enquête interne de Nissan qui a épinglé le franco-libano-brésilien pour des “malversations” avant de transmettre le dossier à la justice japonaise. Tout de suite après son arrestation, le directeur général du groupe automobile, Hiroto Saikawa, a eu des mots très durs à l’encontre de Carlos Ghosn, dénonçant “son côté obscur” et le fait que “trop de pouvoirs aient été concentrés dans les mains d’un seul homme”.

Devenu PDG de l’entreprise nippone en 2000 après avoir été l’artisan de l’alliance avec Renault en 1999, Carlos Ghosn avait pourtant permis à Nissan de se remettre à flots après une grave crise. A l’époque, Renault entre au capital de Nissan, investit massivement et obtient d’excellents résultats dont la place de troisième groupe automobile mondial en 2011.  Aux yeux des japonais, il devient rapidement une icône, l’homme qui a remis sur pied l’industrie automobile du pays. Mais cette bonne santé financière obtenue par Carlos Ghosn l’est au prix de méthodes inhabituelles au pays du soleil levant. L’entrepreneur licencie massivement et adopte une politique plus brutale envers les fournisseurs. De cet épisode naissent les première inimitiés envers Carlos Ghosn en interne.

 

Renault et l’Etat Français restent prudents

Du côté de Renault, on reste prudent, surtout que l’Etat est actionnaire à 15% du groupe automobile. Le Conseil d’administration du constructeur automobile doit également se réunir dans la journée après une réunion entre les dirigeants du groupe et le ministre de l’économie Bruno Le Maire ce matin. Ce dernier a dit vouloir “attendre des preuves” avant de proposer ou pas une destitution mais a aussi affirmé que Carlos Ghosn “n’était plus en état de diriger” Renault et qu’une direction intérimaire était nécessaire. En cas de vacances à la direction, ce serait l’administrateur de référence Philippe Lagayette en tandem avec le second de Renault, Thierry Bolloré, qui prendrait le groupe en main.

 

Mitsubishi va aussi lancer une enquête

Osamu Masuko, PDG du groupe Mitsubishi Motors (MMC) s’est dit “choqué” par les révélations et va aussi demander à  son conseil d’administration de démettre Carlos Ghosn de sa fonction de président. Par ailleurs, le constructeur va mener une enquête interne, comme Nissan, pour déterminer si des faits similaire ont été commis par Carlos Ghosn au sein de l’entreprise.

 

Quid de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi ?

Mais au-delà du sort individuel de Carlos Ghosn, c’est aussi celui de l’alliance entre Renault, Nissan et Mitsubishi qui est en question. Côté français on redoute l’affaiblissement de Renault dans l’alliance. Une crainte justifiée au vu des déclarations du directeur général de Nissan, Hiroto Saikawa, qui précise que “cette affaire n’est pas de nature à affecter l’alliance entre les trois entités”, en jugeant tout de même que les conséquences seraient sans doute importantes pour Renault. Le gouvernement a lui martelé son attachement à la coopération entre les trois groupes auto. Après sa rencontre avec les dirigeants de Renault, Bruno Le Maire a affiché comme une priorité la “consolidation de l’alliance”.

L’incertitude autour de ce mariage à trois subsiste néanmoins et se ressent sur les marchés boursiers. L’agence de notation Standard and Poor’s envisage de baisser la note de la dette à long terme de Nissan et les actions des constructeurs japonais ont clôturé en baisse de 5% pour Nissan et de 7% pour Mitsubishi à la bourse de Tokyo. A Paris, le titre Renault continuait de dégringoler à la mi-journée, après une baisse de 8% lundi soir.