L’accès aux toilettes, un luxe pour une femme sur trois

Dans le monde, 4,5 milliards de personnes vivent encore sans toilettes. Une situation alarmante qui pose de pose de nombreux problèmes, surtout pour les femmes.

Le 19 novembre est, depuis 2001, la Journée mondiale des toilettes. Une journée internationale qui pourrait faire sourire… sauf qu’aujourd’hui, 60% de la population – soit 4,5 milliards de personnes – n’a toujours pas accès à des toilettes salubres, selon un rapport l’Organisation mondiale de la santé. Et le manque d’accès aux toilettes a des conséquences sanitaires, sécuritaires et économiques graves, notamment pour les femmes.

Faire ses besoins la nuit, en cachette

Aujourd’hui, une femme sur trois dans le monde n’a pas accès à des toilettes adéquates « et donc s’expose à la honte », déplore Sandra Métayer, coordinatrice de Coalition Eau – un collectif de 30 ONG engagées pour l’accès à l’eau et l’assainissement. « En Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est, les femmes traversent champs et villages, à la nuit tombée, pour trouver un endroit où faire leurs besoins. » Certaines femmes doivent parfois se retenir plusieurs jours avant de trouver un « endroit sûr », à l’abri des regards. Lors de ces sorties nocturnes, elles s’exposent à l’insécurité : attaque d’animaux sauvages, harcèlement et même viol. « En Inde, des femmes se font violer quand elles sortent seules le soir », affirme Sandra Métayer.

Des écoles non-équipées de toilettes

Aujourd’hui encore, un tiers des écoles dans le monde ne dispose pas de toilettes selon l’Unicef, ce qui pose problème aux adolescentes lors des périodes de menstruation. « Elles quittent l’école à la puberté, quand elles commencent à avoir leurs règles », précise Sandra Métayer. Dans les pays en développement, le manque de toilettes dans les écoles est une des principales causes de décrochage scolaire chez les jeunes filles.

Une eau contaminée par les excréments

Sandra Métayer se souvient d’une mission dans le bidonville de Kibera, au Burkina Faso. « Elles font ça dans des sacs plastiques qu’elles jettent dans des décharges d’excréments ou dans des cours d’eau. Cela pose des problèmes pour la population qui la boit ensuite », ajoute Sandra Métayer. Une eau contaminée engendre la propagation de maladies, comme des hépatites ou le paludisme. La plus fréquente est la diarrhée qui, « si elle n’est pas soignée à temps, peut être mortelle », ajoute la jeune femme.

La propagation des maladies

Une telle exposition aux matières fécales a des conséquences sur la santé publique, les conditions de vie, mais aussi sur la nutrition. « Il ne suffit pas d’avoir accès à aux toilettes, insiste Sandra Métayer. Tout le système d’assainissement est essentiel. » Cette eau contaminée sert aux lessives mais aussi à la cuisine. Souvent, ces femmes n’ont pas conscience des problèmes d’hygiène qui y sont liés. Lors de ses voyages en Afrique, Sandra Métayer tente de sensibiliser les femmes sur l’hygiène. A chaque fois, leur réaction est la même : c’est la surprise. « C’est un sujet tabou là-bas. C’est tout sauf glamour, alors ils [les membres de gouvernement, NDLR] n’en parlent pas. »

En France aussi, l’accès aux toilettes est limité
« C’est le cas dans tous les campements, à Paris, à Toulouse, à Marseille ! » Marion est indignée. Cette bénévole de l’association Toilettes du monde intervient régulièrement auprès des femmes dans les campements. Les latrines y sont rudimentaires : des cabanes faites de bois et de matériaux de récupération, dont « on espère qu’un bon coup de vent n’enlèvera pas la porte », soupire Marion. « Il n’y a pas de cuvette et c’est mal nettoyé. Quand il y a cinq toilettes pour 200 personnes, ça en fait du passage ! » En cas de fortes pluies, les toilettes débordent. Alors ces femmes aussi sont obligées de faire leurs besoins dehors, discrètement. « On n’imagine pas ce que ça fait de sortir le soir, dans le froid, qu’on a ses règles et qu’on doit poser sa serviette hygiénique par terre, sur un sol humide et sale, et qu’on doit la remettre après… » Pour Marion, pour que tout le monde ait accès à des toilettes, il faudrait que la communauté internationale prenne conscience du problème et change ses habitudes. « On utilise des litres d’eau potable pour évacuer 150 grammes de matière solide chaque jour. Il va falloir arrêter la chasse d’eau ! Nos déjections, c’est ce qu’on mange, ça vient de la terre. Et nous, on les envoie dans l’eau, c’est une aberration. » Pour cette médecin retraitée, une solution est évidente : il faut remplacer nos habituels cabinets par des toilettes sèches.