Montagne d’Or, une mine d’inquiétudes en Guyane

Montagne d'Or, c'est un projet de création et d'exploitation d'une mine d'or au beau milieu de la forêt amazonienne guyanaise, qui devrait voir le jour en 2022. On vous explique les caractéristiques et les critiques portées à ce projet titanesque.

Une mine d’or “responsable” au beau milieu de la forêt amazonienne guyanaise, entre deux réserves naturelles intégrales. Le projet Montagne d’Or, qui devrait voir le jour en 2022, fait l’objet de nombreuses contestations de la part d’associations de protection de l’environnement, qui estiment que le projet est trop risqué, et détruira l’écosystème local.

Le projet Montagne d’Or, qu’est-ce-que c’est?

C’est un projet d’exploitation d’une concession minière aurifère à l’ouest de la Guyane française, porté par un consortium de deux multinationales spécialisées dans l’extraction d’or (la russe Nordgold chargée de l’exploitation et la canadienne Colombus Gold chargée de l’exploration). La construction devrait débuter en 2022 pour se terminer au bout de douze ans, en 2034, pour un coût total de 420 millions d’euros d’argent public.

Les arguments avancés pour la création de la mine par le consortium sont divers : il promet notamment de créer 750 nouveaux emplois dans un département très touché par le chômage, ou encore de lutter contre l’orpaillage illégal, très présent dans cette zone. L’orpaillage illégal représente un problème récurrent en Guyane,  puis qu’on trouve de l’or partout sur tout le territoire, plus ou moins en surface. Enfin, cerise sur le gâteau : selon l’exploitant, l’extraction dans la Montagne d’Or se fera dans le respect de l’environnement.

Cette mine d’or à ciel ouvert, décrite par ses concepteurs comme « respectueuse de la biodiversité », provoque depuis l’annonce de sa création de nombreux débats, principalement centrés sur l’impact environnemental de son exploitation.

Ça devrait ressembler à quoi?

2,5 kilomètres de long, 500 mètres de large et une profondeur de 200 à 400 mètres. C’est la taille prévisionnelle du gouffre, qui sera situé en pleine forêt amazonienne guyanaise. Plus précisément entre deux réserves naturelles protégées. Car la Guyane bénéficie d’un écosystème exceptionnel, et constitue la plus grande réserve de biodiversité terrestre française.

Or, l’implantation de ce projet gigantesque nécessite un déboisement total de 1513 hectares, soit environ 820 stades de foot. De quoi porter un coup non négligeable aux 2000 espèces animales et végétales qui occupent ce territoire.

Pourquoi le projet fait polémique?

De nombreuses associations de protection de l’environnement s’opposent fermement à la création de cette mine comme WWF France ou la Fondation Nicolas Hulot, qui avancent des risques de « dommages environnementaux incompressibles. »

Outre la déforestation massive et son impact sur la faune et la flore locales, l’exploitation de la mine présente également un danger pour les populations guyanaises et amérindiennes qui vivent dans cette forêt : rupture de digue, glissements de terrain ou encore transport et manutention de matières dangereuses comme le cyanure.

Seule solution pour séparer l’or de la roche, le cyanure est en effet un produit extrêmement toxique pour l’environnement et la santé humaine. Sur les douze années d’exploitation prévues de la mine, plus de 36 tonnes de cyanure devraient être utilisées. S’il devrait être acheminé dans des bassins « hermétiques et protégés » selon de consortium, les risques de fuite ou de débordement ne sont pas négligeables selon l’un des représentants de la Fondation Nicolas Hulot. « La mine qui doit être construite le sera à ciel ouvert, dans une zone où il pleut énormément et où les sols sont très boueux, explique‐t‐il. Si un bassin cède, ce sont des torrents de boue toxique qui vont se déverser, et tout détruire sur leur passage, du végétal à l’humain. C’est ce qu’il s’est passé au Brésil en 2016. Et donc c’est un risque qui ne peut pas être pris. »

La fondation dénonce la mauvaise foi du consortium, qui porterait un projet « inutile vendu par des arguments inacceptables. » « Certes, 750 emplois vont être créés, constate le représentant. Mais ce ne sont absolument pas des emplois pérennes, puisque l’exploitation de la mine ne va durer que douze ans. Il vaudrait mieux créer des emplois tournés vers d’autres points forts de la Guyane, comme un tourisme respectueux de l’environnement. » Quant à l’argument de la lutte contre l’orpaillage illégal, qui détruit également la biodiversité avec l’emploi de produits toxiques, il est pour lui totalement illogique. « Les orpailleurs continueront toujours leurs activités illégales dans d’autres zones de la Guyane. L’or est partout. Ce n’est en aucun cas une nouvelle mine qui va les empêcher d’aller chercher l’or ailleurs. »

Quel est l’avancement du projet?

Si Emmanuel Macron s’est déclaré favorable au projet « à condition qu’il respecte l’environnement », son avis ne fait pas l’unanimité. Nicolas Hulot, ex ministre de l’Ecologie, s’y est toujours fermement opposé. Au mois de septembre, François de Rugy, arrivé récemment au poste, a déclaré que le projet « ne devrait pas être mené tel que prévu, mais qu’il doit être repris d’une manière ou d’une autre. » Emmanuel Macron devrait rendre sa décision finale sur la création de la Montagne d’Or avant la fin de l’année.