#NousToutes, #Nousaussi : comment marcher “toutes” ensemble contre les violences sexistes ?

Une grande marche contre les violences sexistes et sexuelles est prévue ce samedi 24 novembre 2018 à Paris et dans une cinquantaine de villes françaises. Organisée par le mouvement citoyen #NousToutes, la marche a pour ambition de réunir toutes les femmes. Un désir d’union qui… divise. Plusieurs associations féministes ont décidé de créer un mouvement complémentaire : #NousAussi. Racisme, précarité, handicap, transphobie… Elles formeront un cortège spécifique pour faire entendre leurs revendications. 

“Nous ne souhaitons pas créer une “contre-marche”, annonce d’emblée Fatima Bent, l’une des représentantes des féministes musulmanes de l’association Lallab. On se greffe au mouvement NousToutes. Simplement, nous avions besoin de créer un cortège plus inclusif, qui puisse dénoncer toutes les formes de sexisme”.

A “Nous Toutes”, elles répondent “Nous Aussi”

Mettre au devant de la marche des luttes trop souvent reléguées au second plan du combat féministe traditionnel, c’est l’objectif du mouvement NousAussi. Ces femmes ont expliqué leur démarche dans une tribune publiée sur Mediapart, le 30 octobre 2018. Parmi les signataires, on retrouve des associations de défense de la communauté LGBTQ, comme Outrans et l’Association Nationale Transgenre, ou encore le Réseau des Femmes Afrodescendantes et d’autres mouvements anti-racistes.

« Les conditions de [la] réussite [de la marche] ne seront pas réunies si au prétexte de lutter contre “toutes les violences sexistes et sexuelles”, celles qui sont au premier rang de ces violences ne sont pas mises au centre de cette marche. Nous ne savons que trop bien à quel point notre effacement des luttes féministes perpétue notre isolement et ces violences. Avec “nous toutes”, nous voulons pouvoir dire “nous aussi”» expriment-elles dans cette tribune.

NousAussi est donc déterminé à bousculer les féministes dans leurs retranchements, tout en défilant avec elles. Giovanna Rincon, directrice de l’association Acceptess-T, qui milite pour les droits des trans, reconnaît le “travail remarquable” des bénévoles de NousToutes, qui ont tenté d’inclure l’ensemble des revendications féministes. “Malheureusement, leur communication sur la défense des trans, mais aussi sur les travailleuses du sexe ou encore les femmes racisées était trop timide à mon sens, explique Giovanna. Cette marche a pour but de lutter contre toutes les violences. Et justement, notre démarche permet d’éviter une forme de violence : l’invisibilisation de nos luttes dans le mouvement féministe dominant”.

Incompréhension chez NousToutes

Au début, les organisatrices de NousToutes ont accueilli NousAussi avec enthousiasme. “Cela signifiait qu’on serait encore plus nombreuses”, raconte Marion Schaefer, une des initiatrices de la marche. Et puis, il y a eu la tribune dans Mediapart, ça nous a surpris, poursuit la militante. Leurs revendications, on les porte au sein du mouvement depuis le début. Dans nos rangs, il y a des femmes qui subissent le racisme, la lesbophobie, la précarité… Et tant d’autres discriminations que je ne pourrais pas tout énumérer.”

Pour Marion Schaefer, cette initiative n’était pas nécessaire. Ce qui gêne avant tout la militante, c’est le souhait des féministes de NousAussi de prendre la tête du cortège. “Le cortège de tête, c’est très symbolique dans une manifestation. Nous avons choisi d’y placer des familles de victimes du sexisme. Notamment les proches de quelques-unes des 123 femmes tuées par leur conjoint cette année.” 

L’heure serait aux discussions entre les deux mouvements pour régler cette question, selon Marion Schaefer.  De son côté, Fatima Bent de l’association Lallab assure qu’une cohabitation est possible. “Nous n’avons pas l’intention de faire de l’ombre à qui que ce soit. Il y a assez de place pour tout le monde dans ce cortège de tête”. 

Face à l’initiative de NousAussi, certaines associations (peu nombreuses) ont même décidé de boycotter la marche. C’est le cas de Femmes solidaires et de Ni Putes Ni Soumises qui refusent notamment de marcher à côté d’associations de défense des travailleuses du sexe.

extrait du communiqué NPNS

 

S’il y a de l’incompréhension et des désaccords, on ne peut pas parler de division entre les femmes de NousToutes et celles de NousAussi. D’ailleurs, sur Twitter, de nombreux internautes parlent de la marche en incluant les deux hashtags.

 

Finalement, la seule présence que NousToutes conteste fermement, c’est celle des gilets jaunes. Le mouvement a appelé à se rassembler à Paris, ce samedi. Les gilets jaunes savent pourtant que le 24 novembre n’a pas été choisi au hasard par NousToutes. Le lendemain, le monde entier célèbrera la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Nous n’avons pas du tout les mêmes revendications, j’espère que les gilets jaunes vont se rétracter. S’ils nous volent cette journée et la résonance dans l’espace médiatique, ce serait très triste”, estime Marion Schaefer. Et sur ce point, les marcheuses de tout bord sont d’accord.