Sortie du nucléaire : concrètement, voici les trois scénarios sur la table

D'après un document préparatoire du plan pluriannuel de l'énergie, trois scénarios sont envisagés pour le nucléaire français. Les deux premiers respectent les dernières déclarations du gouvernement, selon lesquelles la part du nucléaire dans l'énergie française sera de 50% en 2035. Le troisième décale ce but de cinq ans.

Dans son programme de campagne, Emmanuel Macron avait annoncé que la part du nucléaire en France serait ramenée à 50% en 2025. Puis Edouard Philippe a évoqué à l’automne l’horizon 2035. Un horizon qui pourrait encore être décalé à 2040, selon une note dévoilée par l’Agence France‐Presse.

Selon le document, trois scénarios sont sur la table concernant les 58 réacteurs nucléaires français (cartographie dans le lien). Le gouvernement donnera sa décision la semaine prochaine, dans sa programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) — le document qui fixe la stratégie de la France sur les questions énergétiques, révisé tous les cinq ans.

  • Le plan du ministère de l’environnement : une réduction progressive d’ici 2035

Nommé dans la note “MTES”, pour “Ministère de la transition écologique et solidaire”, le premier scénario a été porté par Nicolas Hulot puis François de Rugy. Au programme, six réacteurs fermés avant 2028, six autres dans les années qui suivent (en plus des deux réacteurs de Fessenheim, qui doivent fermer au cours du quinquennat). Bémol de taille : le document préparatoire de la PPE évoque une compensation financière auprès d’EDF pour les six premiers réacteurs fermés.

Pour compenser la fin du nucléaire, l’électricité renouvelable devra être développée rapidement : 5 gigawatts par an jusqu’en 2028, puis 5,5 gigawatts entre 2028 et 2035. A l’heure actuelle, le rythme d’installation du renouvelable en France est de 2,8 gigawatts par an. La production d’énergie renouvelable représentera, selon ce modèle, 40% de la production française en 2030, contre 17,6% aujourd’hui. La part du nucléaire sera de 50% en 2035, au lieu des 71,6% actuels.

  • Le scénario “intermédiaire” : une réduction d’ici 2035, mais plus brutale 

Le nombre de réacteurs mis à l’arrêt est le même que dans le premier scénario, mais leur fermeture n’aura lieu qu’après 2028 : le deuxième scénario répond à une demande du PDG d’EDF, Jean‐Bernard Lévy. Son avantage principal : il ne nécessitera pas d’indemniser le fournisseur d’électricité, contrairement au premier scénario.

L’effort concernant le développement du renouvelable sera lui aussi reporté dans le temps : 4,7 gigawatts par an d’ici 2028, 6,5 GW par an entre 2028 et 2035. Le seuil de 40% de renouvelable dans le mix énergétique français serait atteint en 2032. Celui de 50% de nucléaire resterait à 2035.

  • Bercy veut reculer la baisse du nucléaire

Pas de fermeture avant 2028, voire de nouveaux réacteurs en 2034 : c’est ce que propose le scénario soutenu par le ministère de l’économie. Le mix énergétique français sera à moitié fait de nucléaire non pas en 2035 mais en 2040.

Réduction du nucléaire retardée, donc production renouvelable moins pressée : dans ce troisième programme, la progression des énergies vertes sera de 3,9 gigawatts par an jusqu’en 2028, puis de 4,9 gigawatts jusqu’en 2035. 

  • Je n’aime pas les chiffres : en quelques mots, que faut‐il retenir ?

Seuls les deux réacteurs de Fessenheim seront fermés au cours du quinquennat actuel. Deux des trois scénarios envisagés permettent une baisse de la part du nucléaire dans l’énergie française à 50% d’ici 2035. Le troisième repousse cette date à 2040 et prévoit la mise en place de nouveaux réacteurs, en plus de l’EPR de Flamanville. Les énergies renouvelables compteront pour 40% entre 2030 selon le plan le plus ambitieux, et 2035 selon le plus en faveur du nucléaire.

 

La fin des centrales à charbon françaises
Les trois scénarios sont compatibles avec une sortie rapide du très polluant charbon. Réseau de transport d’électricité (RTE), la société gestionnaire du réseau d’électricité à haute tension, l’avait annoncé la semaine dernière : il sera possible de fermer les centrales encore en exploitation en France d’ici 2020, à condition qu’aucun réacteur nucléaire ne soit mise à l’arrêt durant le quinquennat (Fessenheim mis à part).

Quatre sites sont encore exploitées en France pour la production d’énergie à partir du charbon : Cordemais, (Loire‐Atlantique), au Havre (Seine‐Maritime), à Gardanne (Bouches‐du‐Rhône) et à Saint‐Avold (Moselle). La production d’électricité à partir de ce minerai est très marginale (moins de 2% du mix énergétique), mais elle est jugée nécessaire par le secteur de l’électricité pour encaisser les pics de consommation l’hiver.