Au restaurant où tous les travailleurs sont atteints d’un handicap

Des cuisiniers aux serveurs, tous les employés des Petits plats de Maurice sont en situation d’handicap. 

Evelyne sert les plats avec un grand sourire. Elle rigole avec les cuisiniers et débarrasse les tables avec énergie. Comme n’importe quelle serveuse. Evelyne est atteinte de trisomie. Elle fait partie du personnel du restaurant Les Petits plats de Maurice. Les travailleurs y ont quelque chose en commun. lls sont tous en situation d’handicap, psychique ou physique. Ils sont une vingtaine, répartis entre la cuisine et le service en salle. Le but : découvrir le monde de l’emploi, dans un milieu “protégé”. “C’est la première fois que je travaille, je suis très heureuse”, s’enthousiasme la jeune fille.

Evelyne est serveuse aux Petits plats de Maurice depuis son ouverture.

Le restaurant, géré par l’association pour l’insertion et la réinsertion professionnelle et humaine des handicapés (ANRH), a ouvert le 1er octobre. Ici, les handicaps sont trop lourds pour pouvoir permettre un emploi classique. Alors rien n’est laissé au hasard. Le menu est resserré, pour éviter la multiplication des plats. Des cartons, avec les commandes, sont pré‐écrits. Le serveur n’a plus qu’à écrire le numéro de table et tous peuvent se repérer. Les travailleurs ont suivi une formation et continuent à être encadrés par quatre moniteurs. Virginia s’occupe de la caisse et guide les serveurs. “On voit des progrès spectaculaires en quelques mois”, sourit‐elle. “Au début, on est très présents mais petit à petit on se met en recul et là, ils prennent le relais”.

“Regarde, il faut faire comme ça”

Aymene est là depuis le début. Avec ses problèmes de concentration et de lenteur, il n’a jamais pu travailler dans un restaurant classique. Mais derrière le comptoir, il prend les commandes avec aisance. Tout est fait rapidement et avec précision. “C’est vraiment très valorisant”, insiste le jeune homme, au regard parfois fuyant. “On fait partie d’un grand projet, avec une équipe de rêve. J’ai envie de continuer dans cette voie !”

Aymene réussit à travailler, malgré ses difficultés de concentration.

Mais tous ne sont pas au même stade. Vianney vient de commencer. Il reste mutique. Le jeune stagiaire au gilet rose fait les cent pas. “Regarde, pour essuyer, il faut faire comme ça”. Vianney enregistre tous les conseils en souriant. Il ne décrochera pas un mot, si ce n’est pour souffler son prénom. Pascal, 52 ans, est encore un peu perdu. Pendant le service, il a des moments d’absence. Les plats attendent et refroidissent. Virginia le rappelle à l’ordre, calmement : “Tout va bien aujourd’hui ? Tu es sûr ? N’oublie pas de regarder la salle mais aussi la cuisine”.

Protégés du “monde ordinaire”

Les Petits plats de Maurice n’est qu’une première étape vers l’insertion professionnelle. Le restaurant fait partie d’un ESAT, établissement ou service d’aide par le travail. Franck Tanguy est adjoint technique. Il est venu manger et voir les progrès des serveurs et cuisiniers. “On les voit devenir plus autonomes, c’est incroyable”, sourit‐il. “Mais il faut rester prudent, il est très rare que l’un d’eux puisse quitter un établissement comme celui‐ci”. Il l’admet, une seule personne a réussi, mais l’expérience a mal tourné. Franck fait une différence entre le restaurant et  “le monde ordinaire”. En plus des activités professionnelles, l’ESAT propose un soutien médico‐social aux travailleurs.“L’intégration idéale serait de partir d’ici où c’est protégé, à une entreprise adaptée pour finir dans une entreprise ordinaire, mais vu la lourdeur des handicaps, c’est peu probable. Il y a un fort risque de rechute”, regrette Franck. Un parcours particulièrement difficile. En France, le taux de chômage des personnes atteintes d’un handicap est deux fois plus élevé que la moyenne nationale.