Blessure en équipe nationale : les clubs perdants

Stupéfaction dans les tribunes du Stade de France, mardi soir. A la 31e minute du match amical France‐Uruguay, Kylian Mbappé se tord de douleur dans la surface de réparation. Le jeune attaquant français est retombé sur son épaule droite après un duel avec le gardien uruguayen. Le prodige de Bondy essaiera bien de jouer quelques minutes de plus mais il devra se résoudre à être remplacé. La situation peut donner des sueurs froides au staff du Paris Saint‐Germain. Dans huit jours, le club de la capitale doit affronter Liverpool pour un match crucial en ligue des champions. Quelques minutes plus tôt, en Angleterre, c’était une autre étoile parisienne, le Brésilien Neymar Jr, qui devait quitter ses coéquipiers de sélection à cause d’une douleur aux adducteurs.

Ces deux blessures, si elles s’avèrent graves, peuvent occasionner un préjudice sportif ainsi que financier pour le club parisien. Neymar Jr. et Kylian Mbappé, respectivement recrutés pour 222 millions et 180 millions d’euros, représentent des investissements colossaux. Une blessure, survenue lors d’un match de sélection représente donc une perte importante pour un club. Pourtant, le Paris Saint‐Germain ne peut retenir ses joueurs lors des rassemblements internationaux, à l’inverse de la NBA.

Le modèle du basket

Le championnat nord‐américain de basket‐ball (NBA) a de quoi faire des envies, avec ses 7,6 milliards dollars de recettes pour ses 30 équipes en 2017. En comparaison, le championnat de football le plus riche de la planète, la Premier league anglaise, n’a généré “que” 4,3 milliards d’euros en 2017. Une autre mesure peut faire des envieux parmi les clubs européens : la gestion des joueurs internationaux. Pour jouer en sélection, les basketteurs doivent demander la permission à leur franchise. Prétextant le risque de blessure, de nombreuses franchises traînent des pieds avant d’autoriser leurs éléments à participer à des compétitions internationales. Le point de tension entre les équipes américaines et les fédérations nationales : les assurances.

Plusieurs grands noms de l’équipe de France ont été au coeur des ce type de bras de fer. Ces dernières années, Tony Parker, Boris Diaw ou encore Joakim Noah ont dû renoncer à des matchs internationaux. Et lorsqu’un joueur de NBA évolue sous le maillot bleu, la Fédération française de basket‐ball (FFBB) doit dédommager la franchise et couvrir des risques de blessure. Lors du championnat d’Europe 2011, la fédération avait déboursé 450 000 euros pour faire jouer ses meilleurs éléments.

Les sélections nationales de football n’ont pas à débourser de telle somme pour s’attacher les services des joueurs. En effet, le calendrier de la Fédération internationale de football association (Fifa) s’impose à tous les clubs. Ces derniers sont dans l’obligation de libérer leurs footballeurs s’ils sont sélectionnés.

Règlement du statut et du transfert du joueur, Fifa
“La mise à disposition du joueur est obligatoire pour toutes les périodes de matchs internationaux figurant dans le calendrier international des matchs ainsi que pour toutes les compétitions finales de la coupe du monde de la Fifa, de la coupe des confédérations de la Fifa des championnats continentaux organisés par les confédérations pour les équipes représentatives “A” dans la mesure où l’association concernée est membre de la confédération organisatrice”

7,5 millions d’euros d’indemnité au maximum

En cas de blessure, les clubs peuvent toutefois être indemnisés par la Fifa et l’UEFA depuis 2012. Le programme de protection des clubs (CPP) offre ainsi au club 20 548 euros par jour, si un joueur est indisponible plus de 28 jours après une blessure en sélection. Cette indemnité peut être versée pendant au maximum un an, soit une aide financière de 7,5 millions d’euros au total. A titre de comparaison, le salaire annuel versé par le Paris Saint‐Germain à sa star Neymar Jr. se chiffre à 38,6 millions d’euros.

En plus d’une perte d’argent sur le salaire du joueur, le club pourrait aussi voir ses revenus fondre. L’absence de la vedette de l’équipe diminue les chances du club d’aller loin dans les compétitions et donc de toucher les récompenses financières qui en découlent. De plus, les revenus générés par la billetterie ou les renégociations de contrats de sponsoring du Paris Saint‐Germain pourraient être affectés. Enfin, la valeur marchande d’un joueur blessé une longue période, donc jugé fragile physiquement, baisse, ce qui peut rendre la revente plus difficile sur le marché des transferts.

Pour autant, les clubs conservent un intérêt financier à laisser jouer leurs pépites en équipe nationale. En brillant dans les grandes compétitions internationales, les joueurs de football gagnent en notoriété et leur valeur marchande évolue. Selon Transfertmarkt, cet été, les champions du monde français ont vu leur côte sur le marché des transferts bondir de plus de 10%.