Simone Biles, reine incontestée de la gymnastique

Elle est la gymnaste la plus titrée de tous les temps. A 21 ans, Simone Biles rafle tout sur son passage, et repousse les limites de la gymnastique artistique. Decryptage d'un phénomène.

Il n’y a pas eu de tel phénomène dans la gymnastique artistique depuis Nadia Comaneci et ses notes parfaites aux Jeux de Montréalen 1976. Déjà quadruple championne du monde au concours général (qui comprend les quatre agrès : poutre, sol, saut de cheval et barres asymétriques), et championne olympique à Rio, Simone Biles, jeune texane de 21 ans, poursuit son parcours sans fautes, et repousse toujours plus loin les limites de son sport (et de la gravité !)

Un palmarès inégalé

Quatorze titres mondiaux et quatre titres olympiques à 21 ans. Depuis 2013, et son premier titre de championne des États-Unis, Simone Biles rafle l’or du concours général à chacun de ses passages en compétition nationale ou internationale officielle.

Pour ses premiers Jeux Olympiques à Rio en 2016, elle se fait un nom auprès du grand public en remportant le titre par équipes, au concours général, au saut de cheval et au sol, ses agrès de prédilection. La petite américaine au sourire éclatant impressionne par ses prouesses acrobatiques et son mental d’acier.

Juste après les Jeux, Simone décide de prendre une année sabbatique, dans l’optique de revenir pour les mondiaux de novembre 2018. Entre temps, elle change d’entraîneur. Elle quitte sa coach de toujours Aimee Borman pour s’attacher les services du français Laurent Landi, qui avait déjà entraîné sa coéquipière Madison Cocian pour les JO. L’objectif : s’améliorer dans son agrès “faible”, les barres asymétriques. Elle reprend l’entraînement en mars 2018, deux mois après avoir révélé qu’elle fait partie des nombreuses gymnastes victimes d’abus sexuels, perpétrés par l’ancien médecin de l’équipe américaine Lary Nassar.

Cette année de pause ne semble pas avoir affecté les capacités de l’athlète. En novembre 2018, lors des championnats du monde de Doha, Simone Biles entre définitivement dans l’histoire de la gymnastique. Avec quatre nouvelles médailles d’or (équipe, général, sol et saut de cheval), une d’argent (barres asymétriques) et une de bronze (poutre), elle devient la gymnaste féminine avec le plus de titres de championne du monde (4), et la gymnaste plus titrée de l’histoire des mondiaux, hommes et femmes confondus, avec un total de 20 médailles, dont 14 en or.

Des capacités exceptionnelles

“Je n’ai jamais vu une gymnaste avec de telles capacités physiques ! Elle est meilleure que je ne l’ai jamais été”. Ces mots sont ceux d’une autre championne olympique, Mary Lou Retton, autrefois considérée comme la meilleure gymnaste américaine. Dans toutes les compétitions, Simone Biles impressionne par ses acrobaties et l’amplitude extraordinaire de ses sauts. Toutes ses routines (passages sur chaque agrès) sont d’une difficulté extrême. Elle est d’ailleurs la seule à pouvoir effectuer certaines figures. Comment, du haut de son mètre quarante-deux, Biles arrive-t-elle a accomplir des mouvements d’une si grande complexité technique?

La texane a plusieurs avantages à son actif. Tout d’abord une musculature impressionnante et harmonieuse, qui lui confère une très grande puissance. Couplée à sa rapidité naturelle et à sa légèreté, elle lui permet d’avoir une plus grande amplitude de saut que les autres, le tout en une seule propulsion. Elle saute plus haut, et a plus de temps une fois en l’air pour enchaîner les acrobaties.L’endurance est également l’un de ses points forts. Au sol, elle a souvent une diagonale acrobatique de plus que les autres gymnastes, voire parfois deux. A la poutre, son point fort reste la triple vrille accroupie et les combinaisons de trois acrobaties sur toute la longueur de la poutre. Ce qu’une gymnaste plus grande aurait du mal à accomplir.

Simone réalise les figures les plus difficiles de la gymnastique contemporaine, et en très grand nombre, ce qui lui permet d’engranger plus de points de difficulté. Au sol, quand certaines peuvent atteindre un maximum de 14.50 points, Simone Biles est souvent un point au dessus. Lors des derniers mondiaux de Doha, ce niveau de difficulté, qu’elle applique à chaque agrès, lui a permis de compenser une chute à la poutre, au saut et une sortie de zone au sol.

Des figures qui portent son nom

Cette polyvalence et cette explosivité ont poussé Simone Biles à dépasser les limites des figures classiques de son sport. En 2013, lors de mondiaux d’Anvers, la jeune fille de 16 ans impressionne ainsi l’audience lors de sa routine au sol, en enchaînant  deux flips, puis un double salto arrière en extension suivi d’un demi-tour. Ce qui donne à peu près ça :

L’acrobatie, inédite en gymnastique féminine, porte depuis le nom de sa créatrice, le “Biles”. Depuis, elle est toujours la seule a savoir le réaliser. Mais la machine Simone ne s’est pas contentée d’inscrire une seule fois son nom au code des figures officielles. Lors de sa première compétition non officielle en juillet 2018, quelques mois après la fin son année sabbatique, elle ébahit le public avec un tout nouveau saut d’une complexité inégalée, validé en novembre aux mondiaux de Doha.

Le deuxième “Biles”, cette fois au saut de cheval, est inscrit au code. Avec plusieurs années de nouvelles compétitions devant elle et une technique en constante amélioration, nul doute que de nouveaux “Biles” sont encore à venir.

Un mental d’acier

“Elle a démontré qu’elle était très forte mentalement, qu’elle assume toute la pression. Et c’est aussi pour ça qu’elle continue de dominer.” Pour Laurent Landi, son coach, le mental de Biles lui permet de surpasser la concurrence et de gérer ses rares faux-pas. Lors des derniers mondiaux, une chute au saut de cheval et en poutre au concours général l’ont mise en difficulté. De nombreux athlètes auraient baissé les bras. Biles a perdu son sourire habituel. Le visage fermé, elle a néanmoins réussi à se reconcentrer pour rattraper ses points au sol et aux barres asymétriques. Jusqu’à remporter le titre.

Autre preuve de la détermination de Biles : la veille des mondiaux, la gymnaste a été victime d’une forte douleur au ventre, et amenée aux urgences. Il s’est avéré qu’elle avait un calcul rénal, très douloureux, mais qui ne nécessitait pas d’opération. Vingt-quatre heures plus tard, la gymnaste était de retour, prête à passer les qualifications. Avec cet handicap qu’elle a surnommé “la perle de Doha”, Biles a survolé la compétition, et a réalisé avec succès son nouveau saut signature. Saut qu’elle avait d’ailleurs réalisé pour la première fois avec un orteil cassé. Surpasser la douleur et réaliser des performances exceptionnelles. C’est certain : rien n’arrête Biles.