Violences à La Réunion : “On est obligé de rester chez nous”

Une trentaine de barrages, un policier grièvement blessé, des affrontements nocturnes aux quatre coins de l'île... La Réunion est paralysée depuis le 17 novembre par le mouvement des gilets jaunes, auquel se sont greffés des manifestants violents. Résultat, les habitants vivent au ralenti.

“Hier soir, un hélicoptère a survolé la ville pour vérifier que les habitants respectaient le couvre-feu, raconte ce mercredi Brieuc Ghorchi, un journaliste qui habite à Saint-Denis de La Réunion. Après 21 h, les bars sont tous fermés, il n’y presque personne dans les rues. Et ceux qui sortent, c’est pour tout casser.” Décrété par le préfet Amaury de Saint-Quentin, le couvre-feu interdit tout déplacement entre 21h et 6h, dans 14 des 24 communes de l’île, jusqu’à vendredi 23 novembre.

Magasins pillés, voitures incendiées, affrontements avec les forces de l’ordre… Malgré ce couvre-feu, l’île connaît depuis plusieurs nuits de véritables violences urbaines. “Si ça continue, La Réunion va se transformer en zone de non-droit”, s’inquiète Nathalie, qui habite à Saint-Gilles depuis vingt ans.

Selon les médias locaux, les fauteurs de troubles n’appartiennent pas aux gilets-jaunes. “Il s’agit principalement de jeunes, commente Loïc Gazar, un autre journaliste présent sur place. Les manifestants les appellent même les “gilets noirs”, parce qu’ils ne portent aucune revendication. Ils profitent de la situation pour semer la pagaille.”

Des commerçants menacés et pillés

Si les nuits sont agitées, les journées, elles, sont calmes, voire mortes. “Je ne peux pas travailler depuis trois jours”, explique Nathalie, architecte d’intérieur. Son mari, chirurgien dentiste dans la ville du Port, est dans le même cas. “C’est agaçant d’être obligé de rester chez nous. L’économie réunionnaise est très fragile. Ce n’est pas en bloquant l’île qu’on réussira à la faire redémarrer. Et au final, il faudra payer la note”.

Les établissements scolaires et administrations sont également toujours fermés ce mercredi. “J’occupe mes enfants comme je peux depuis trois jours”, glisse Anne-Claude. Elle habite à La Montagne, un lieu-dit à l’ouest de Saint-Denis.

Pas d’école, et pas de courses non plus pour la famille d’Anne-Claude. Il ne reste pas grand-chose dans les rayons des supermarchés, faute de ravitaillement. Nathalie, elle, a réussi à faire un plein de courses in extremis, dans un supermarché de proximité. “Le magasin a fermé juste après mon passage en caisses, en pleine journée, sous les provocations des manifestants”. 

Depuis plusieurs jours, les gilets jaunes exercent des pressions sur les commerçants. “Mes amis ont dû fermer leur boutique et renvoyer les salariés chez eux, rapporte Nathalie. Des gilets jaunes ont menacé de dégrader leur magasin s’ils ne baissaient pas le rideau”. 

10 euros pour passer le barrage

Se déplacer sur l’île reste également un casse-tête pour la population. “On peut très vite être bloqué à la Réunion : il suffit pour les gilets jaunes de contrôler la route nationale qui fait le tour de l’île”, rappelle Brieuc. Ce mercredi, les gilets jaunes occupaient toujours une trentaine de barrages filtrants. “Le problème, c’est que des jeunes malintentionnés s’approprient les barrages. Hier soir, on m’a proposé de me laisser passer en voiture contre 10 euros”, raconte Brieuc. 

De leur côté, les stations-service ne sont plus ravitaillées. La plupart sont à court de gaz, certaines ont commencé à rationner l’essence et le gasoil (pas plus de 20 euros par personne), selon l’AFP. Il devient également de plus en plus difficile de quitter ou rejoindre l’île en avion. L’aéroport Roland-Garros a fermé ces portes à 16 h, ce mercredi.

L’île tourne donc au ralenti, et les habitants redoutent les conséquences potentielles d’une telle paralysie. “Nous entrons dans une période cyclonique, prévient Brieuc. Quand un cyclone survient, les secours sont sur le pied de guerre, les supermarchés pris d’assaut… Je n’imagine pas la situation si un cyclone nous tombe sur la tête dans les prochains jours !”