À Saint‐Brieuc, le mois sans TVA ne séduit pas tous les commerçants

Les gilets jaunes lancent à partir de samedi l’opération « artisans et commerçants sans TVA » dans les Côtes d’Armor. Les manifestants veulent priver l’Etat de la collecte de cette taxe, une idée qui effraye bon nombre de commerçants à Saint-Brieuc.

Dans les Côtes d’Armor, le mouvement des gilets jaunes lance à partir de samedi l’opération “artisans et commerçants sans TVA”. L’objectif : priver l’État de la collecte de la TVA en vendant leurs produits hors taxe et en augmentant ainsi pendant près d’un mois le pouvoir d’achat de leurs clients. Sur Europe 1, un des porte‐paroles du mouvement dans la région, Benoît Julou, assurait jeudi matin, semblant engager la participation de tous les commerçants.sur Europe 1 que « les commerçants‐artisans vont faire sur le mois de décembre une déclaration de TVA à zéro, ce qui fait qu’ils pourront déduire leur TVA ».  Mais sur le terrain, la réalité semble plus complexe : à Saint‐Brieuc, aucun commerçant du quartier de la cathédrale que nous avons interrogé ne semble au courant de cette initiative.

«  Trop risqué»

À l’approche de la trentaine, Kevin Renouvel a ouvert une pizzeria rue Fardel il y a un mois et l’a baptisée La Proue. « Je ne suis pas du tout au courant de cette opération », raconte le jeune restaurateur qui soutient pourtant le mouvement des gilets jaunes. Kevin ne compte pas participer au mois sans TVA :« Je viens juste de me mettre à mon compte, je ne peux pas risquer de payer la TVA à leur place auprès de l’État ! »

Dans un autre restaurant italien familial, l’idée des gilets jaunes ne plaît pas. Le fils considère« trop risqué de ne pas payer la TVA à l’État ». Sauf s’il y a une vraie mobilisation de tous les commerçants. Même son de cloche à la poissonnerie Flomer, au bout de la rue du Chapitre. « Je n’étais pas au courant », déclare d’emblée Marc Colliot, avant d’assurer ne pas vouloir prendre part à l’opération sans TVA. « Qu’est-ce que ça va changer ? », déplore le poissonnier. « Je ne peux pas me permettre d’enlever la TVA », conclut Marc qui continuera à travailler et à aller à la criée ce mois de décembre.

Florent est rentré la semaine dernière de vacances. Il vient de reprendre son emploi chez Japanim, une librairie de manga, située derrière la cathédrale, « Je n’ai pas entendu parler de cette initiative », réagit‐il quand nous lui parlons de l’opération “mois sans TVA”. Le jeune homme trouve que cette démarche des gilets jaunes peut faire pression avec efficacité sur l’État, qui lui‐même « fait pression sur les moins riches ». À la boutique, « nous n’avons rien prévu pour le moment », reprend Florent, qui tient à indiquer que son patron sera le seul décisionnaire, car « il y a de réels risques judiciaires derrière ».

Une fraude à la TVA sanctionnée

Le ministère des Comptes publics a annoncé que « toute action de ce type relèverait de la fraude à la TVA » et serait sanctionnée. La Direction générale des finances publiques a précisé qu’en cas de non‐dépôt de déclaration de la TVA, le code des impôts prévoit une taxation d’office assortie d’une pénalité de 10%, qui peut s’élever à 40% si la situation n’est pas régularisée dans les trente jours. Si le gilet jaune Benoît Julou estime qu’il est « impossible techniquement pour l’État de contrôler les comptes de chacun », le ministère prévient que « l’administration n’aura aucune bienveillance ni n’accordera de droit à l’erreur dans le cadre d’une opération préméditée ».  Comme un dernier avertissement à destination de ceux qui pourraient se laisser tenter par l’opération “décembre sans TVA”.