Salomé Zourabichvili, l’ex-diplomate française élue présidente de la Géorgie

Géorgienne depuis quinze ans, Salomé Zourabichvili est devenue la première femme présidente du pays depuis la chute de l’URSS.

Avec plus de 59% des scrutins, la candidate franco‐géorgienne soutenue par le parti Rêve géorgien Salomé Zourabichvili, a été élue dans la nuit de mercredi à jeudi première femme présidente de Géorgie. La femme politique avait commencé sa carrière dans son pays natal, la France, en rejoignant après des études à Science po le ministère des Affaires étrangères en 1974.

Là, elle gravit les différents échelons de la diplomatie française jusqu’à sa nomination en tant qu’ambassadeur de France à Tbilissi en 2003. Un retour aux sources pour elle : originaire d’une famille d’émigrés géorgiens, Salomé Zourabichvili est née à Paris en 1952. Ses grands‐parents géorgiens ont été forcés de se réfugier en France, suite au coup d’état bolchevik de 1917 en Russie. Ils soutenaient l’indépendance de leur pays et ont créé l’association géorgienne de France, un moyen de maintenir un lien avec leur patrie d’origine.

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De Chirac à Saakachvili

Après son mandat d’ambassadeur entre 2004 et 2005, la Française est repérée par le président géorgien Mikhaïl Saakachvili. Il veut faire de cette femme qui souhaite lutter comme lui contre l’oligarchie, sa nouvelle ministre des Affaires étrangères. Elle demande alors la nationalité géorgienne qu’elle obtient, ainsi que l’accord du président Chirac, nécessaire puisqu’elle était fonctionnaire du Quai d’Orsay. Mais sa présence au sein du gouvernement ne plaît pas aux parlementaires, ni à de nombreux ambassadeurs géorgiens à l’étranger, et le Premier ministre de l’époque Zourab Noghaïdeli la limoge six mois plus tard. Près de 10 000 citoyens manifestent contre sa sortie du gouvernement. Les hommes politiques locaux lui reprochent son statut d’étrangère et de ne pas connaitre « les réalités du pays », ainsi que son « manque de communication » avec ses pairs.

Face à la vague de solidarité populaire qui entoure son départ du ministère, Zourabichvili décide de créer en 2006 sa propre formation politique, « La voix de Géorgie ». Elle tente alors de briguer la mairie de Tbilissi, sans succès, puis le parlement, avant d’abandonner la direction de son parti en 2010. Elle parvient finalement à investir un mandat parlementaire en 2016, en tant que candidate indépendante, soutenue par le parti Rêve Géorgien.

Attachée à ses racines familiales qu’elle partage avec l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse, Salomé Zourabichvili n’a pas hésité avant l’été 2018 à renoncer à sa nationalité française pour accéder à la présidence de la petite république du Caucase. Une loi empêche les candidats ayant la double nationalité d’être élus à la tête de l’état.

“La Géorgie a choisi l’Europe”

Mais depuis le 28 mars 2018, un régime de libéralisation des visas est accordé aux ressortissants géorgiens, leur permettant de voyager librement dans toute l’Union européenne. Un signal fort qui va dans le sens d’une adhésion possible du pays à l’UE, et dont l’espoir est renforcé aujourd’hui par l’élection d’une Française à sa tête. Ses premières déclarations jeudi 29 novembre promettent d’ailleurs une politique europhile : “La Géorgie a choisi l’Europe !”