G20 : les quatre sources de tension du sommet

De la crise entre États-Unis et Chine à la présence du prince héritier saoudien, le G20 à Buenos Aires risque de voir passer à la trappe les questions économiques et environnementales pourtant au programme des discussions.

Les dirigeants du G20 se retrouvent vendredi à Buenos Aires pour un sommet dont Donald Trump dicte de facto l’agenda, qu’il s’agisse du difficile dialogue avec Vladimir Poutine ou de la querelle commerciale avec la Chine. Emmanuel Macron s’est d’ailleurs inquiété jeudi dans le quotidien argentin La Nación que la lutte contre les inégalités et celle contre le réchauffement climatique passent au second plan de ce sommet. En cause, les nombreuses tensions bilatérales qui menacent l’espoir d’un accord commun sur ces sujets.

  • Un compromis commercial entre Étatsuniens et Chinois ?

La guerre commerciale qui oppose les deux plus grandes puissances économiques du monde sera probablement au cœur des discussions de ce G20 argentin. Xi Jinping et Donald Trump doivent se rencontrer en marge du sommet afin de résoudre le différend commercial qui empoisonne leurs relations depuis plusieurs mois.

Défendant une vision protectionniste de l’économie, l’administration Trump a infligé plusieurs séries de taxes sur les biens chinois. Depuis juillet, Washington a imposé des droits de douane punitifs aux importations de Chine d’une valeur de 250 milliards de dollars par an. Pékin a répliqué avec une taxe d’un montant total de 110 milliards de dollars sur des biens venus des États-Unis.

Ces mesures ne touchent pas seulement les deux géants économiques. Elles plombent les marchés financiers mondiaux. Donald Trump a d’ailleurs menacé de taxer également les importations de voitures aux États-Unis, une perspective qui fait frémir les Européens.

  • Emmanuel Macron, décidé à ne pas céder sur le multilatéralisme et le climat

Malgré les tensions qui pèsent sur le sommet, le président français s’est envolé vers Buenos Aires bien résolu à faire barrage au protectionnisme américain. Jeudi, le chef de l’Etat s’est félicité avec le président argentin Mauricio Macri de leur attachement commun au multilatéralisme.

Autre sujet cher au président français : la défense du climat. Question sur laquelle il a affiché sa détermination là aussi avec le chef de l’exécutif argentin. Emmanuel Macron tentera même d’aller plus loin dans ce domaine, notamment avec l’Inde et la Chine.

  • Le prince héritier saoudien en trouble-fête

C’est une arrivée sous haute tension qui attend Mohammed Ben Salmane à Buenos Aires. Dans un premier temps perçu comme un réformateur prometteur — il avait notamment autorisé les femmes à conduire — le nouvel homme fort du régime saoudien est aujourd’hui accusé par la Turquie d’avoir commandité l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul. Une disparition qui avait ému la communauté internationale le mois dernier.

La présence du prince héritier suscite aujourd’hui le malaise chez nombre de chefs d’Etat étrangers et pourrait se révéler explosive. Emmanuel Macron a affirmé qu’il évoquerait directement l’affaire Khashoggi avec Mohammed Ben Salmane, souhaitant que « toute la vérité soit faite » sur cette question.

  • La crainte d’une escalade des tensions entre Poutine et Trump

Alors que les chefs d’État russe et américains devaient se rencontrer en marge des réunions officielles, Donald Trump a annulé jeudi 29 novembre les discussions prévues avec son homologue russe. « Dans la mesure où les navires et les marins n’ont pas été remis à l’Ukraine par la Russie, j’ai décidé qu’il serait mieux pour tout le monde d’annuler la rencontre prévue en Argentine avec le président Vladimir Poutine », a annoncé le locataire de la Maison-Blanche sur Twitter. L’Ukraine a pris des mesures ce vendredi pour limiter l’accès des hommes russes à son territoire.

Trois navires de la marine ukrainienne ont été contrôlés en mer Noire dimanche dernier par la Russie. Une action fortement critiquée par la communauté internationale. « Rien ne paraît justifier cet emploi de la force par la Russie » a notamment dénoncé en France le ministère des Affaires étrangères. Il s’agit de la première confrontation militaire ouverte entre les deux pays depuis l’annexion de la Crimée en mars 2014. Une crise qui risque de peser sur les discussions.