Cinq choses sur Vox, ce parti d’extrême droite entré au parlement andalou

Entre héritage franquiste, discours anti-avortement et anti-immigration, le parti espagnol d'extrême droite Vox fait une entrée remarquée au parlement régional d'Andalousie. Une première dans des élections législatives depuis Franco.

L’Espagne faisait jusqu’à présent figure d’exception en Europe. Depuis les élections régionales du dimanche 2 décembre, la donne a changé. Pour la première fois depuis la mort de Franco en 1975, un parti d’extrême droite, Vox, fait son entrée dans un parlement régional espagnol en remportant 12 sièges en Andalousie. Profitant de la crise traversée par la droite traditionnelle, le petit parti, apparu en 2013, promeut une ligne politique typique en (presque) tous points de l’extrême droite européenne.

Exaltation patriotique

En partie né de la crise en Catalogne, Vox défend une vision de l’Espagne centralisée. Au programme, la fin de l’autonomie des régions, et notamment de la Catalogne, et même l’interdiction des partis indépendantistes catalans ou basques. Les arguments invoqués : les coupes budgétaires, mais surtout la défense de l’unité de l’Espagne. Anti-européen, le parti veut le retour à une Europe des nations. Imprégné de nostalgie franquiste, régime autoritaire qui a gouverné l’Espagne entre 1939 et 1975 et allié de l’Allemagne nazie pendant la Seconde guerre mondiale, Vox adopte un discours exalté sur le drapeau espagnol.

Une vision traditionnelle de la société

Autre inspiration franquiste, Vox défend une vision traditionnelle de la société, fortement marquée par la religion catholique. Un sujet qui touche en particulier à la place des femmes en Espagne. Opposé à l’avortement, le parti d’extrême droite défend notamment la création d’un ministère de la Famille pour promouvoir les familles nombreuses.

Grand pourfendeur de l’égalité hommes-femmes, Vox veut l’abolition de la loi contre les violences sexistes votée en 2004 considérée comme trop “politiquement correct”. Un signal fort en Espagne, à l’heure où des milliers de personnes sont descendues dans les rues ces dernières semaines pour protester contre les violences faites aux femmes à Madrid, Barcelone, Séville ou encore Valence.

Un discours anti-immigration et anti-islam

Grand opposant à l’immigration illégale, Vox ne doit pas son succès en Andalousie au hasard. La région fait figure de l’une des principales portes d’entrée en Europe pour les migrants.

Sur le sujet, le parti défend une ligne dure. Il promeut notamment la déportation des immigrés coupables de délits et la fin de l’enseignement de l’islam en Espagne, la population musulmane d’Espagne faisant figure de motif récurrent du discours du parti d’extrême droite. Dans une vidéo de campagne, l’un des dirigeants s’est récemment mis en scène sur un cheval, clamant que « la Reconquista commencera sur les terres andalouses. » Une allusion directe à la Reconquista espagnole, qui voit les chrétiens récupérer la péninsule ibérique aux musulmans au XVe siècle.

Trump pour modèle

Dans les meetings du parti, un slogan aux accents familiers retentit régulièrement : « España, grande otra vez » (Rendez sa grandeur à l’Espagne), version espagnole du « Make America Great Again »  cher à Donald Trump. Et les points communs avec le chef de l’Etat américain ne s’arrêtent pas là.

La proposition de Vox pour lutter contre l’immigration illégale ? Construire un mur à la frontière sud du pays, copie conforme du mur mexicano-américain tant vanté par Donald Trump pendant la campagne présidentielle de 2016. Son cheval de bataille ? Les médias, accusés de ne pas distiller la vérité.

Le parti s’est même adjugé les services de Steve Bannon, ancien directeur de campagne de l’actuel locataire de la Maison-Blanche. Connu à l’origine pour avoir fondé le média anti-élite Breitbart News, il est aujourd’hui à la tête de l’organisation The Movement, destiné à fédérer les partis d’extrême droite européens.

Néolibéral sur l’économie

Grande différence toutefois avec l’extrême droite européenne et Donald Trump : Vox n’adopte pas de discours protectionniste. Néolibéral, le parti est favorable aux entreprises et défend une baisse des dépenses publiques. Elles concerneraient notamment le domaine de la santé et viseraient à supprimer divers organismes publics ou à supprimer les subventions aux partis politiques.

Une orientation économique qui n’empêche pas Vox d’être adoubé par nombre de partis d’extrême droite européens. En contact régulier avec la Ligue du Nord italienne et l’extrême droite autrichienne, le parti espagnol a reçu de « vives et chaleureuses félicitations » de Marine Le Pen sur Twitter suite à son succès ce dimanche 2 décembre.