Double meurtre de Montigny-les-Metz : les zones d’ombre d’un dossier vieux de 32 ans

Enième rebondissement pour les familles des petits Cyril Beining et Alexandre Beckrich, assassinés à Montigny-les-Metz, le 28 septembre 1986. Le tueur en série Francis Heaulme, condamné à perpétuité pour le double meurtre, en mai 2017, a fait appel de sa sentence. Le sixième procès en appel se tiendra du 4 au 21 décembre prochain.

Le double meurtre de Montigny-les-Metz a déjà fait l’objet de cinq procès. Un sixième, en appel, s’ouvre mardi 4 décembre à la cour d’appel de Versailles, jusqu’au 21 décembre. Son enjeu sera de confirmer ou non culpabilité du tueur en série Francis Heaulme dans le dossier.  Voilà trente-deux ans que les familles des victimes sont ballottées d’erreur judiciaire, en zone d’ombre, au gré des quasi-certitudes des magistrats. Sur le banc des accusés, se sont succédé Patrick Dils, le premier à être condamné à deux reprises, finalement acquitté après quinze années de prison en 2002, et Francis Heaulme, le « routard du crime », tueur en série condamné à perpétuité en 2017 par la cour d’assise de Metz. Agés de huit ans à peine, Cyril et Alexandre jouaient sur le talus de la gare SNCF de Montigny-les-Metz lorsqu’ils ont été assassinés le 28 septembre 1986.

Pour les parties civiles, noyées sous les incertitudes des multiples rebondissements autour du meurtre de leurs petits garçons, ce nouveau procès ne rime pas à grand-chose. “Même si la justice a condamné Francis Heaulme, témoigne Jean-Cyril Beining, père du petit Cyril, je n’ai aucune certitude. Pour moi on ne sait pas qui a tué les enfants”. Il n’assistera d’ailleurs pas aux audiences. De nombreuses zones d’ombre dans le dossier permettent de rejuger l’affaire en appel, une tâche d’autant plus laborieuse que la crédibilité de l’enquête s’est heurtée aux différents coupables condamnés ces trente dernières années. Retour sur les éléments flous du dossier.

Une quasi-signature pour une quasi-certitude

  • Dans ce dossier, la culpabilité du routard du crime repose sur une observation des gendarmes en 2002. Les équipes d’investigation ont estimé que le double meurtre portait “la quasi-signature criminelle” de Francis Heaulme, expliquait à l’époque Francis Hans, le capitaine de la section de recherches de la gendarmerie de Metz. Parmi les “constantes comportementales” de la feuille de route criminelle de Heaulme, on retrouve dans le double homicide de Montigny-les-Metz : le pantalon “baissé au bas des fesses” et la “cordelette retrouvée entre les jambes” de Cyril Beining. Ainsi que l’état d’ébriété extrême du tueur le jour du meurtre et son hospitalisation psychiatrique “trois à douze jours après les faits”.

  • Heaulme qui a tué neuf autres personnes, a toujours nié son implication dans l’affaire depuis sa première audition en 2001. Le témoignage de deux pêcheurs l’ayant pris en stop une heure après le crime, à quatre kilomètres des corps, décrit Francis Heaulme, le “visage en sang” le soir des meurtres. C’est ainsi que le capitaine de gendarmerie Francis Hans a acquis la certitude de la présence “irréfutable” du routard du crime sur la scène funeste.
  • Lors du procès de Heaulme en 2014, la justice considérait la thèse d’un double homicide commis avec un complice, Henri Leclaire, d’abord mis en accusation avant que le procès ne s’interrompe, deux jours après son ouverture, pour réaliser de nouvelles investigations. Leclaire est alors acquitté et passe du costume d’accusé à celui de témoin dans le dossier. Une nouvelle conviction s’effondre.

Un pantalon tâché de sang 

  • Comme dans d’autres affaires pour lesquelles il a été reconnu coupable, Francis Heaulme se place en « témoin principal » du crime. Sa parole se confronte aux convictions intimes des enquêteurs et jurés. Pour le capitaine de gendarmerie Francis Hans, “Heaulme, c’est mensonges après mensonges, mais il y a des moments où il livre des choses”. Mais avant d’être mis en accusation, Heaulme indique aux enquêteurs, alors qu’il est entendu pour un autre meurtre, avoir vu “deux enfants morts” à Montigny-les-Metz. Personne ne fait le lien à l’époque, puisque Patrick Dils purge sa peine pour le double meurtre. Depuis son inculpation dans l’affaire, le “routard du crime” prétend aussi avoir vu “un barbu dévaler le talus” de la gare SNCF, où ont été retrouvés les corps des enfants. Il va même plus loin, et accuse le mystérieux inconnu : “C’est lui qui a tué les enfants, c’est un détraqué sexuel, j’ai essayé de le rattraper”, prétend-il dans un registre héroïque… Lors d’un autre procès, il déclare avoir vu les enfants avant qu’ils ne meurent : “A droite, il y avait un talus et une voie de chemin de fer. Deux gamins m’ont jeté des pierres…”

  • Un pantalon tâché de sang et des cartes de crédit datant de l’époque du crime sont retrouvées chez la grand-mère de Francis Heaulme en 2007. Il s’agit alors des premières preuves matérielles du dossier. Le tueur en série travaillait près de Montigny-les-Metz à l’époque du crime. Mais “aucune correspondance génétique” n’est établie entre le sang du vêtement et l’ADN des deux enfants de huit ans. Un non-lieu est prononcé dans le dossier la même année.

Plus de 80 témoins seront de nouveau entendus pour ce sixième procès autour du meurtre de Cyril Beining et d’Alexandre Bekrich. Deux semaines d’audiences pour clore ce dossier mouvementé avec la confirmation ou non de la culpabilité du “routard du crime” dans cette affaire.