Gilets jaunes : Hollande est‐il bien placé pour critiquer la politique fiscale de Macron ?

A l’occasion d’un déplacement jeudi en Ardèche, François Hollande a apporté son soutien aux gilets jaunes et tancé les taxes d’Emmanuel Macron. Mais son propre bilan fiscal est sujet à la critique.

« Ce qui a heurté, ce sont des décisions prises depuis 18 mois ».  Ces mots, ceux de François Hollande face à une dizaine de gilets jaunes en Ardèche jeudi dernier, relèvent d’une critique acerbe contre les taxes mises en place par le gouvernement Macron.

Osé, diront certains. Car le hic, c’est que l’ex-président socialiste lui‐même avait été décrié pour la politique fiscale de son quinquennat, son ministre des finances Pierre Moscovici allant même jusqu’à évoquer un « ras‐le‐bol fiscal » chez les Français. Pour savoir si la critique de l’ex-chef d’état est légitime, la rédaction a décidé de comparer son bilan aux réformes de M. Macron.

Sur le « ras‐le‐bol fiscal » d’abord, peu de doute. Durant le quinquennat Hollande, les taxes ont d’abord augmenté fortement, avant de baisser légèrement mais tout en restant à des niveaux supérieurs à 2012.

 

En 2012, la part des prélèvements obligatoires (c’est-à-dire l’ensemble des impôts, cotisations sociales et taxes) supportés par les ménages était de 24,18%. Elle est passée à 25,45% en 2015. Par la suite, ils ont progressé en valeur chaque année de 3,2% en moyenne, selon l’OCDE.

Derrière ces chiffres, la réalité est un peu plus complexe. Si durant son quinquennat les prélèvements obligatoires ont augmenté de manière générale, toutes les catégories n’ont pas été touchées de la même façon. Ce que François Hollande peut reprocher à Emmanuel Macron, c’est de faire porter ses réformes aux foyers les plus modestes. Explications.

Hollande a ciblé les plus riches

Les premières mesures du président socialiste (plafonnement des allocations fiscales, baisse du plafond du quotient familial, suppression de la niche fiscale sur les complémentaires) ont mis à contribution les classes moyennes et aisées. La décision de fiscaliser les heures supplémentaires a été un réel un coup de massue sur les foyers moyens. D’après la commission des Finances du Sénat, elles ont été supportées à 70 % par les ménages situés entre le quatrième et le neuvième décile (entre 17.900 et 37.200 euros de revenus annuels pour un célibataire).

Globalement, sous Hollande, les 19% les plus riches ont subi une baisse de 1% de leur pouvoir d’achat. Et les 10% les plus riches ont vu leur impôt sur le revenu bondir de près de 5 milliards d’euros, notamment avec l’augmentation de l’impôt sur le revenu.

Ce n’est pas exactement le même schéma pour Emmanuel Macron. L’Institut des politiques publiques (IPP) a publié, jeudi 11 octobre, une évaluation des conséquences de ses mesures fiscales et sociales. Il en ressort que le président français, lui aussi, va faire baisser de 1% le niveau de vie des 10% les plus aisés. En revanche, il favorise fortement les ultra‐riches : avec la flat tax et surtout la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), les 0,1 % de Français les plus riches voient leurs revenus gonfler de 86 000 euros par an en moyenne.

Contrairement à son prédécesseur, qui avait fait porter ses taxes par les classes moyennes, Emmanuel Macron les allège. Les Français situés entre les 20% les plus modestes et les les 20% les plus riches gagnent 1% de pouvoir d’achat.

Les plus modestes ont souffert depuis l’arrivée de Macron

Les réformes des deux chefs d’état s’opposent totalement en ce qui concerne les foyers les plus modestes. Sous François Hollande, ils bénéficiaient des mesures du plan pauvreté de 2013 ainsi que de la réforme de la prime d’activité. L’une des conséquences est que de moins en moins de foyers sont imposés. En 2014, un foyer ne paie pas d’impôts en dessous de 9700 euros de revenus annuels, contre 5960 euros en 2012 (OCDE).

Sous l’ère Macron, c’est l’inverse. Les 20 % de Français les plus modestes ont subi une perte de pouvoir d’achat de l’ordre de 0,5 % à 1%. Et c’est sans compter les pertes que nombre d’entre eux subiront au 1er janvier avec la taxe carbone, difficilement chiffrables.

Il est difficile de dire lequel des deux présidents met le plus à contribution les Français. Pour résumer : François Hollande a augmenté les prélèvements obligatoires durant son mandat tout en essayant de préserver les classes les plus modestes. Emmanuel Macron, depuis son arrivée à l’Elysée, a plutôt cherché à soulager les classes moyennes, faisant baisser le pouvoir d’achat des plus modestes, et faisant beaucoup augmenter celui des ultra‐riches.

Reste la question des symboles et notamment la fin de l’ISF. Certes, le but affiché est de faire (re)venir les grandes fortunes dans l’Hexagone et de les pousser à investir. Mais cela est surtout perçu comme un accroissement des inégalités. S’il n’est pas le président qui taxe le plus, Emmanuel Macron apparaît toutefois aux yeux des gilets jaunes comme celui qui taxe le plus injustement. Ce week‐end, ils ne se sont pas privés de le lui rappeler.