Reçues à Matignon, les figures de l’opposition demandent des changements de ligne

Édouard Philippe reçoit aujourd'hui à Matignon les principales figures d'opposition. Une journée de rencontres qui fait suite au troisième acte de mobilisation des gilets jaunes, samedi.

C’est le premier rendez-vous important d’Édouard Philippe cette semaine : le Premier ministre reçoit, aujourd’hui à Matignon, des représentants de tous les principaux partis français. Deux jours après le troisième grand acte de mobilisation des gilets jaunes, l’exécutif souhaite ainsi se montrer à l’écoute. Mais le mouvement est toujours soutenu par 72 % des Français, selon le dernier sondage Harris Interactive pour M6 et RTL.

Arrivée peu avant 15 heures, Marine Le Pen a regretté de ne pas pouvoir rencontrer Emmanuel Macron, accusant Édouard Philippe d’être « un homme de paille ». Avant d’entrer dans Matignon, elle a dit aux journalistes présents vouloir demander, notamment, la dissolution de l’Assemblée nationale. A sa sortie de Matignon, elle a déclaré : « A notre avis, il ne reste que quelques heures pour mettre fin à la stratégie » d’Emmanuel Macron. « Il faut qu’il annonce immédiatement la suppression de l’augmentation des taxes sur le gasoil », a‑t-elle dit, demandant également une baisse des prix de l’électricité et du gaz, ainsi qu’une augmentation du SMIC et de la retraite minimum. Pour elle, la crise politique est « une crise de la représentativité » provoquée par une « une illusion de majorité ». Elle a fini sa déclaration par une mise en garde envers le président : « Si Emmanuel Macron ne [veut] pas être le premier président depuis un demi-siècle à faire tirer sur les Français, il [faut] que les solutions soient importantes, audibles et immédiates ».

Reçu parmi les premiers lundi matin, Laurent Wauquiez a défendu la tenue d’un référendum sur la hausse de la fiscalité écologique. Pour lui, « le temps n’est plus au débat, le temps est à des actions et à des mesures. Il faut un geste d’apaisement. » Le président du parti de droite demande qu’Emmanuel Macron « rende la parole aux Français ».

Également reçu dans la matinée à Matignon, le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a assuré que les députés socialistes signeraient la motion de censure tenue par les députés communistes si l’Élysée ne « change[ait] pas de cap. » « Jupiter, c’est fini, il faut qu’il descende de l’Olympe, a ajouté Olivier Faure. Ce n’est pas possible qu’il reste dans le déni. » Le Premier secrétaire du PS a remis une proposition de loi de sortie de crise. Celle-ci contient notamment le rétablissement de l’ISF, un moratoire sur les taxes écologiques, une augmentation de la prime d’activité et une limitation de la hausse de la CSG aux revenus supérieurs à 3 000 euros mensuels.

Le moratoire appelé de ses voeux par le Premier secrétaire PS est également apparu dans la bouche de Benoît Hamon, fondateur du mouvement Génération.s, reçu par Édouard Philippe dans l’après-midi. Il demande également un référendum sur la VIème République, pour « remettre à plat la démocratie, qui est en mauvaise santé ».

Fabien Roussel, nouveau secrétaire général du Parti communiste, a quant à lui demandé que soient « mises à l’ordre du jour les questions que posent les gilets jaunes ». Il a, en outre, estimé que l’Assemblée générale et le Sénat ne pouvaient pas continuer « comme si rien ne s’était passé dans le pays. » « Ça va exploser » si rien n’est fait, a renchéri Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, parti de centre-droit.

« L’entretien fut bref » entre le Premier ministre et Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a regretté ce dernier. L’ancien candidat à l’élection présidentielle a demandé que la rencontre soit filmée et diffusée en direct et, face à ce refus, a quitté la salle en remettant un document à Édouard Philippe. Une attitude qui rappelle celle d’un gilet jaune, invité vendredi dernier à Matignon et qui avait refusé de poursuivre la rencontre avec le Premier ministre pour les mêmes raisons.

Le MoDem, l’un des partis les plus proches de La République en Marche depuis l’élection d’Emmanuel Macron, sera représenté par Marielle de Sarnez, sa vice-présidente, et par Patrick Mignola, le président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale. François Bayrou, le président du mouvement, n’a pas souhaité faire le déplacement. Il affiche de plus en plus ouvertement son opposition à Édouard Philippe.

Autre formation politique qui a préféré ne pas envoyer sa figure de proue, la France insoumise a désigné une délégation pour se rendre à Matignon. Charlotte Girard, coresponsable du programme du parti, Manuel Bompard, directeur des campagnes, et Mathilde Panot, députée du Val-de-Marne, sont attendus à 17 heures.

Dans l’après-midi sont également attendus Benoît Hamon, fondateur de Génération.s, Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France et Florian Philippot, fondateur des Patriotes.

La question est à présent de savoir si un acte IV du mouvement se tiendra samedi prochain. Ce lundi matin, au micro de BFM TV, Nicolas Dupont-Aignan a appelé à une nouvelle mobilisation. La plupart des représentants de l’opposition préviennent également qu’ils feront de même si les demandes des gilets jaunes ne sont pas écoutées.