Au tribunal, des gilets jaunes au profil ordinaire

139 des 378 personnes placées en garde à vue après les violentes manifestations, samedi, des gilets jaunes, comparaissaient hier au Tribunal correctionnel de Paris. Leur profil ne correspond pas à celui du casseur.

Des Monsieur-tout-le-monde âgés de 24 à 43 ans, des techniciens, des opérateurs de commande dans une usine, des intérimaires, des bouchers… Ce lundi après-midi, plus de 100 gilets jaunes défilent au Tribunal correctionnel. Ils sont ici pour répondre des dégradations de samedi, en marge des manifestations. En majorité, ce sont « des personnes bien intégrées socialement », comme le soulignent leurs avocats. Les premières comparutions immédiates laissent apparaître un profil atypique, bien éloigné de celui du casseur. Les dizaines de prévenus tiennent tous le même discours. L’attirail qu’ils portaient pour le rassemblement était uniquement destiné à se défendre.

Un boucher originaire des Hautes-Alpes se présente à la barre, un coquard à l’oeil droit. Casier judiciaire vierge. Lui a été interpellé avec un couteau après une charge contre des CRS, aux abords des Champs-Elysées. « J’ai toujours un couteau sur moi pour couper du saucisson ou du fromage. », se défend-il
d’une voix forte. « Avant, je ne savais pas que c’était interdit de se promener avec un objet tranchant, maintenant je le sais. » Dans sa plaidoirie, l’avocate pointe son parcours « de galère » depuis son divorce et ses dettes qui s’accumulent.

Au tour d’un jeune homme de 24 ans, originaire de la Nièvre, interpellé samedi soir avec un casque de vélo à la main. Il travaille dans le restaurant de son père. « Désolé, vous vous attendiez sûrement à voir des histoires plus surprenantes et vous voilà devant un jeune homme jugé pour avoir eu en sa possession, un casque de vélo », relève ironiquement son avocat.

“Ils sont où les casseurs ?”

Un Franco-belge âgé de 30 ans s’avance. Originaire des Ardennes, il est au RSA et vit encore chez ses parents. Il est poursuivi pour violences sur un CRS. Son avocat juge « inadmissibles et regrettables ces audiences exceptionnelles sous pression du ministère de la Justice », et dénonce la présence de Mme Belloubet au sein du tribunal la veille. Pour lui, son client participait à un mouvement politique : « Il ne devrait pas être jugé ici, car il est interdit de juger des faits politiques en comparution immédiate ». 

« C’est la première fois que je fais une manif’ de ma vie ! », s’exclame un autre. Âgé de 45 ans, cet artisan a pris le TGV de Toulon spécialement pour se joindre au mouvement. Il a été interpellé avec deux masques de ski, une paire de lunettes de piscine, et une protection dorsale. La juge le qualifie de « tortue Ninja ». Rires de la salle. Son avocat finit par s’emporter : « Ils sont où les casseurs ? Ils ont tous été interpellés
avant même qu’il n’y ait eu dégradation ». La nuit tombe, les demandes de relaxe se multiplient mais les jugements se font attendre.

Maïté Charles, Irène Ahmadi,
Marie Brière de la Hosseraye