Édouard Philippe annonce un moratoire sur les carburants

C’était la demande la plus répétée par les figures d’opposition qu’il a reçues lundi à Matignon. Édouard Philippe a annoncé un moratoire de six mois sur la hausse des taxes sur le carburant, devant les députés de La République en Marche (LREM). Une annonce qui suit la demande par Stanislas Guerini, le nouveau patron de LREM, d’une telle mesure.

Édouard Philippe avait reçu, lundi, des personnalités politiques telles que Marine Le Pen (Rassemblement national), Laurent Wauquiez (Les Républicains), Olivier Faure (Parti socialiste) ou encore Benoît Hamon (Génération.s). Dans la foulée avait eu lieu une réunion au sommet entre le Premier ministre, Emmanuel Macron et une dizaine de ministres.

François de Rugy, ministre de la Transition écologique, et Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, avaient écourté pour l’occasion des déplacements à l’étranger. Une rencontre qui avait « permis d’échanger sur les réponses à apporter aux mobilisations en cours », avait annoncé l’Élysée. De réponse, le moratoire sur la hausse des taxes sur les carburant en est une première.

« Absolument insuffisant »

Mais celle-ci ne suffit pas à l’opposition. Le moratoire est « absolument insuffisant », a estimé Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, sur Public Sénat. « C’est une proposition bien en-deçà de ce que souhaite le mouvement des gilets jaunes », a‑t-il ajouté.

« Ce n’est évidemment pas à la hauteur des attentes », a renchéri Marine Le Pen, alors qu’elle avait elle-même porté cette réclamation la veille devant le Premier ministre. « Mieux vaut tard que jamais », a nuancé l’ancienne ministre de l’Écologie Ségolène Royal, tout en demandant un « coup de pouce » pour le SMIC.

« Les Français ne veulent pas des miettes, ils veulent la baguette au complet », a réagi en ce sens Benjamin Cauchy, une des figures des gilets jaunes, saluant toutefois une « première étape ». Le moratoire est « une cacahuète », a ajouté Laetitia Dewall, porte-parole du mouvement dans le Val-d’Oise.

Longue liste de revendications

Parmi les partis reçus à Matignon, seuls deux n’avaient pas réclamé à Édouard Philippe ce moratoire : Europe Écologie-Les Verts et Génération Écologie. Même Benoît Hamon, qui s’était allié avec l’écologiste Yannick Jadot durant la campagne présidentielle de 2017, avait demandé, lundi, cette main tendue de la part du gouvernement.

Les taxes écologiques sur les carburants devaient augmenter, au 1er janvier 2019, de 3 centimes sur l’essence et de 6 centimes sur le diesel. La hausse des prix du carburant était à l’origine de la grogne qui avait mené, le 17 novembre, à la première journée de mobilisation des gilets jaunes.

Mais les motifs de contestation ont depuis bien évolué, au point qu’une délégation de gilets jaunes a publié, jeudi, une longue liste de revendications. Rien ne dit, donc, que ce moratoire annoncé marquera le début d’une démobilisation des gilets jaunes. La rencontre entre le Premier ministre et une délégation du mouvement, qui devait avoir lieu ce mardi, a finalement été annulée, devant le manque de gilets jaunes acceptant de se rendre à Matignon.