En Italie, la mafia se porte bien

La police italienne a arrêté mardi Settimo Mineo, l’un des chefs d’une mafia italienne. Mais le pouvoir et l’influence de l’organisation criminelle demeurent immenses.

« Tonton Settimo ». Le surnom sonne sympathique. L’homme à qui il est attribué l’est peut-être un peu moins : Settimo Mineo est le chef suprême d’une large partie de la Cosa Nostra, la mafia sicilienne. Lui et ses sbires sont accusés, entre autres, d’association de malfaiteurs de type mafieux, d’extorsion, de port d’armes et d’incendies… La police italienne a fait aboutir quatre enquêtes mardi, en l’arrêtant. Mais malgré les nombreux efforts des autorités, les différents réseaux mafieux conservent une large influence dans le pays.

En 2016, Bankitalia et la Commission anti-mafia du Parlement estimaient le chiffre d’affaires de l’ensemble de la mafia en Italie à 135 milliards d’euros. C’est presque 10% du PIB du pays. L’organisation criminelle, surnommée la « Pieuvre », est présente dans tous les domaines de l’économie, et étrangle de ses tentacules le monde de l’entreprise. D’après SOS Impresa, les organisations mafieuses prélèvent près de 100 milliards d’euros illégalement par an. Environ un cinquième des entrepreneurs italiens seraient victimes de différentes extorsions, de rackets et de l’usure.

Rien que dans le secteur agricole, le chiffre d’affaires de la « Pieuvre » a augmenté de 30% de 2016 à 2017, atteignant près de 22 milliards d’euros, selon le rapport d’un des plus grands syndicats du milieu, la Coldiretti. Le document évoque diverses plaintes des agriculteurs, entre vols de machines, rackets et extorsion. Mais plus grave encore, le rapport assure que « les mafias conditionnent le marché agro-alimentaire en établissant les prix des récoltes, en gérant les transports et la distribution, en contrôlant des chaînes entières de supermarchés ».

Une organisation tenace

Installée partout, la « Pieuvre » est très difficile à combattre. Dans une interview donnée à Radio Nova, l’économiste et spécialiste de la mafia italienne Clotilde Champeyrache expliquait que l’organisation criminelle « fait système. Elle est partout dans la société. C’est une criminalité du quotidien : elle possède des entreprises et offre des revenus et des opportunités sociales aux gens qui habitent sur son territoire. » Car la mafia est au moins aussi présente dans l’économie légale que dans l’économie illégale. Il est même arrivé que la population de petites villes descende dans la rue après que l’Etat a fermé l’entreprise locale, possédée par un mafieux.

Clotilde Champeyrache indique qu’« énormément d’entreprises sont légales, mais contrôlées par des mafieux. » Ces entreprises peuvent servir à blanchir de l’argent sale ou à distribuer de la drogue. Mais à l’échelle locale, elles permettent aussi selon la spécialiste de « contrôler le territoire. Avec beaucoup de main d’œuvre, elles créent de l’emploi, des revenus, et se construisent une légitimité. »

Si la mafia prospère et résiste aux investigations policières, c’est aussi parce qu’elle profite de la corruption ambiante en Italie, classée seulement au 54ème rang des pays les moins corrompus. Extrêmement souple et adaptable, elle s’adapte à toutes les configurations et à tous les partis politiques. Mme. Champeyrache rappelle dans l’interview donnée à Radio Nova que « les chefs mafieux sont prêts à soutenir n’importe qui, à condition qu’il y ait échange ». Le principe est simple : les mafieux fournissent des voix, aux élus de fournir, en retour, des avantages de toute sorte.

L’ancrage profond de la mafia dans l’économie du pays et ses liens étroits avec les élus locaux ont permis longtemps aux chefs du réseau criminel d’échapper à la police. L’un d’eux, figure emblématique de Cosa Nostra, demeure introuvable depuis … 1993. Son nom est Matteo Messina Denaro. En 2010, il faisait partie des dix délinquants les plus recherchés au monde, selon la liste donnée par le Forbes Magazine. La dernière photo de lui remonte à 1996. Depuis, la police, qui n’a jamais eu l’occasion de revoir son visage, actualise régulièrement son portrait-robot.

Le chef fugitif de la mafia sicilienne, Matteo Messina Denaro. Crédits : Police italienne