Face au gel des hausses des taxes du carburant, une opposition perplexe

« J’attends que [le gouvernement] déclare un moratoire sur l’augmentation des taxes », disait, lundi, Marine Le Pen au micro de BFM TV. 24 heures après, elle a dénoncé une mesure « pas à la hauteur » qui sera ressentie comme du « mépris » par les Français. Ce moratoire « est la preuve qu’ils ne se conçoivent pas comme les dirigeants d’un État‐nation », a‐t‐elle ajouté. Des mots éloignés de ses déclarations de lundi, mais qui rencontrent un certain soutien dans le reste de l’opposition.

Car, comme la présidente du Rassemblement national, la plupart des dirigeants de partis, qui demandaient lundi le moratoire, regrettent aujourd’hui que cette avancée du gouvernement n’aille pas assez loin. A l’image de Laurent Wauquiez, président des Républicains, pour qui cette mesure « aurait dû être prise il y a bien longtemps » et « n’est pas suffisante ». Le président de la région Auvergne‐Rhône‐Alpes demande « l’annulation » pure et simple de l’augmentation des taxes. Une analyse que partage Jean‐Luc Mélenchon, qui pointe les « astuces à l’ancienne » du gouvernement.

Édouard Philippe a annoncé, mardi, la mise en place de ce moratoire de six mois sur l’augmentation des taxes sur les carburants, qui devait devenir effective le 1er janvier 2019. Il s’agit de la mesure phare, parmi quelques autres dévoilées mardi. Une annonce qui fait suite à la mobilisation des gilets jaunes, qui protestent dans tout le pays contre cette augmentation.

« Mieux vaut tard que jamais »

« Que c’est tardif ! », a réagi Boris Vallaud, chef de file des députés PS, devant la presse. Globalement, ce sentiment prévaut dans l’opposition : l’exécutif est pointé du doigt pour avoir attendu trop longtemps avant d’apporter des réponses aux gilets jaunes. « Mieux vaut tard que jamais », a nuancé l’ancienne ministre de l’Écologie Ségolène Royal.

D’autres figures de l’opposition vont plus loin, accusant le gouvernement de n’avoir toujours pas pris la mesure du mouvement. « Le gouvernement est totalement coupé du quotidien des Français », accuse ainsi Fabien Roussel, nouveau secrétaire général du Parti communiste. « Emmanuel Macron et son gouvernement n’entendent toujours pas la colère du peuple de France », a réagi, dans le même esprit, Éric Ciotti sur Twitter.

« Une cacahuète »

Les gilets jaunes, eux aussi, en attendent à présent plus du gouvernement. « Maintenant, les Français ne veulent pas des miettes, ils veulent la baguette au complet », a assuré Benjamin Cauchy, figure du mouvement. Le moratoire, « c’est de la cacahuète », renchérit Christophe Chalençon, autre homme fort des gilets jaunes. Il s’agit d’un « premier pas, mais un pas de fourmi » pour Laetitia Dewalle, autre gilet jaune médiatique.

Quelques propositions ont été faites, cependant, par des membres de l’opposition. Xavier Bertrand, président Les Républicains de la région Hauts‐de‐France, préconise ainsi la possibilité, pour un chef d’entreprise, d’offrir deux fois dans l’année un bonus allant jusqu’à 500 € à ses salariés, bonus qui serait alors entièrement défiscalisé.