Feuilleton gilets jaunes (1/4) : à Nemours, « c’est une insurrection et c’est beau ! »

Exaspérés par le silence d’Emmanuel Macron, les gilets jaunes de Nemours sont déterminés à intensifier leur lutte.

Des trois semaines de mobilisation des gilets jaunes, on a vu des images de violences et de convivialité. On a entendu des revendications claires et précises, et un ras-le-bol général. On a dit que le mouvement s’essoufflait, pourtant il continue d’accaparer l’actualité. La newsroom du CFJ propose un feuilleton, à Nemours en Seine-et-Marne. Ce sera notre regard sur ce mouvement multiple et pluriel. 

Ils sont une quarantaine de gilets jaunes rassemblés ce lundi devant l’usine STEF de Nemours, dans le sud de la Seine-et-Marne. Cette entreprise est chargée d’acheminer les produits frais de l’agroalimentaire à la grande et à la moyenne distribution. Et aussi à l’armée. Plus aucun camion ne peut sortir. « Ici, on agit pacifiquement. Si tous les gilets jaunes font comme nous partout en France, on montre qu’on est capable de bloquer l’Etat », explique Cyrille. Au chômage depuis un an, il vient tous les jours depuis le 17 novembre. Pour lui, « depuis samedi, quelque chose a changé ».

Les scènes de violence dans la capitale ont frappé les consciences. « Ça me fait mal au cœur, autant pour les gilets jaunes que pour la police », se désole Fiona, la quarantaine, aide-soignante et modératrice du groupe Facebook des gilets jaunes de Nemours. « Macron répond seulement aux casseurs. Il ne répond pas aux gilets jaunes », déplore-t-elle. Elle veut continuer à mener des actions uniquement pacifiques, comme bloquer des endroits-clés. Pourtant, ajoute-t-elled’une voix douce, comme prise d’un doute : « peut-être que c’est la violence qui fait changer les choses ».

Jean-Pierre a 72 ans. Affublé d’un bonnet noir à l’effigie du Che, cet ancien militant cégétiste est de toutes les manifestations depuis une cinquantaine d’années. Il était à Paris samedi dernier. « Ce qui est en train de se passer, c’est historique. C’est une insurrection et c’est beau ! » jubile-t-il. Sûr de lui, l’œil connaisseur, il pense que le mouvement va encore se radicaliser. « C’est le gouvernement qui crée la violence parce qu’ils n’ont pas d’autres réponses à apporter,  analyse-t-il. Le président se mure dans le silence. Il va finir par être obligé de démissionner ».

Dans la zone industrielle de Nemours, les camions attendent patiemment la fin du blocage. Malgré la perte d’une demi-journée de travail, les échanges entre les gilets jaunes et le directeur de la filiale sont cordiaux. Ils se rassemblent devant les grilles pour prendre des photos, mettre à jour le groupe Facebook et crier leur slogan : « Macron, Démission ! ». Pour Fiona, la réponse du gouvernement n’est pas adaptée : « Il nous appelle à dialoguer mais ne veut pas changer de cap. Alors pourquoi dialoguer ? » s’interroge-t-elle. De plus en plus en colère, elle a l’impression de n’avoir toujours pas été entendue. Elle attend à présent « une réponse claire, brève et précise ». Et vite.