Moratoire sur les hausses des carburants : «C’est trop tard, la flamme a été allumée !»

Le Premier ministre a annoncé un moratoire sur la hausse du prix des carburants dans la journée du mardi 4 décembre. Une mesure insuffisante aux yeux de Tina Martinez, représentante des gilets jaunes de Nice lors de la manifestation du 17 novembre.

“Ce n’est pas suffisant”, martèle la Niçoise Tina Martinez, tête de cortège des gilets jaunes de Nice le 17 novembre dernier. Agée de 62 ans, cette chargée d’éducation à la mairie de la baie des anges est “déçue” que le Premier ministre Edouard Philippe ait annoncé à la mi-journée un “simple gel temporaire” de six mois concernant la hausse du prix de l’essence, et non l’abrogation totale de cette mesure.

Révoltée par le projet d’inflation de l’essence et du diesel “, Tina est devenue, “un peu par hasard”, la tête de cortège lors de la première manifestation des gilets jaunes à Nice. “Je suis venue manifester avec des copines et comme il n’y avait personne pour l’organisation de la manifestation, j’ai encadré le groupe”, raconte la Niçoise. Pour cette grand-mère qui a travaillé toute sa vie, “le gel temporaire n’est pas suffisant”. Le problème à ses yeux, confie-t-elle depuis une salle de classe où elle travaille, n’est pas “seulement la hausse des carburants, c’est tout : les salaires n’ont pas été augmentés depuis des années, le coût de la vie quotidienne, l’inflation du prix des aliments. Tout ça a augmenté et ce n’est pas normal !” s’insurge cette attachée pédagogique à la mairie. La Méditerranéenne aux cheveux bouclés, qui animait la foule aux côtés d’Eric Ciotti en manifestant, se dit déçue de la réponse du gouvernement. “S’ils n’augmentent pas le prix des carburants, ils vont nous prélever de l’argent ailleurs”, assure Tina.

Nice, le 17 novembre 2018/ Eric Ciotti est acclamé par les gilets jaunes, lors de leur première manifestation. © CFJ

Moins de cadeaux pour Noël cette année

Le gel temporaire de la mesure ne la soulage pas, et ne change en pratique “absolument rien” à son budget mensuel. Simplement, elle sera moins asphyxiée en janvier qu’elle le craignait. “Il ne me reste rien à chaque fin de mois entre les taxes foncières, la nourriture, mon loyer et les transports, tout part”, déplore la niçoise. Ses comptes sont tellement arides que la grand-mère aimante ne fera pas “autant de cadeaux que d’habitude à ses cinq petits-enfants pour Noël cette année”. Tina a un tempérament joyeux, à la voir danser avec son gilet jaune, dans la foule en colère contre le gouvernement : impossible de se douter qu’elle appréhende sa retraite dans cinq ans. “Je vais devoir travailler jusqu’à 67 ans au moins, et après ça va être difficile au quotidien avec une simple retraite”, assure-t-elle en baissant la voix comme si elle ne voulait pas y croire.

© Tina Martinez/ Facebook

« C’est trop tard, la flamme a été allumée ! »

Pour Tina Martinez, les six mois de “pause” pour cette décision financière du gouvernement ne serviront à rien. “C’est trop tard la flamme a été allumée ! Ce n’est pas fini “, soutient-elle en parlant du mouvement des gilets jaunes. A ses yeux la seule solution pour calmer le jeu est que “Macron présente sa démission ainsi que ses adjoints”. La grand-mère insiste sur le fait que ses “collègues de la mairie de Nice pensent la même chose” qu’elle. D’ailleurs, “ils restent motivés dans leur mobilisation, moi aussi”, clame-t-elle. “J’irai manifester samedi prochain à Nice avec les autres gilets jaunes, mon soutien est plus fort que jamais et je continuerai de le faire jusqu’au bout”, renchérit la sexagénaire. Il s’agit pour elle d’une question de principe, “C’est naturel, je trouve que c’est normal en tant que bon citoyen”. Tina Martinez formule un seul regret quant à la mobilisation des gilets jaunes : la présence des casseurs. “C’est inadmissible cette violence, dégrader des voitures comme ça !” Pour la suite, la Niçoise espère que les manifestations seront plus pacifiques. Pour elle, une chose est certaine il faudra bien d’autres mesures pour apaiser la colère de Français mobilisés.