Mur des cons : les magistrats face à leurs juges

Ce fut, il y a cinq ans, un scandale national. Ce mardi s’ouvre le procès dit du « mur des cons », ce mur du Syndicat de la magistrature ℠ sur lequel étaient épinglés les portraits de personnalités de toutes sortes : personnalités politiques, intellectuels, journalistes, et même le père d’une victime de Guy Georges.

Parmi les figures politiques affichées sur le mur de ce syndicat marqué à gauche, beaucoup de personnalités de droite ou d’extrême-droite : Nicolas Sarkozy, Nadine Morano, François Baroin, Michèle Alliot‐Marie, Christian Jacob, Luc Ferry, etc. Certains étaient la cible de graves accusations, à l’image de Brice Hortefeux, appelé sur ce mur « l’homme de Vichy ». Les personnes visées « sont parfaitement fondées à déposer plainte », avait déclaré Christiane Taubira, alors garde des Sceaux.

Une possibilité dont s’étaient immédiatement emparés Patrick Balkany, Éric Woerth, Luc Chatel ou encore Robert Ménard. Car, à l’époque, cette affaire avait interrogé sur l’indépendance de la justice. Une crainte dont s’étaient fait l’écho plusieurs membres du parti qui s’appelait encore Union pour un mouvement populaire (UMP).

Françoise Martres, alors présidente du SM, avait de son côté évoqué une blague « potache » et regretté que soit ainsi mise en doute l’indépendance du syndicat. Elle sera jugée, dès ce mardi, pour injures publiques. Une accusation qu’elle refuse, expliquant que celle‐ci ne tient pas, le « mur des cons » n’ayant jamais eu vocation à devenir public. Une affirmation que confirmera Clément Weill‐Reynal, le journaliste de France 3 auteur des images : il les avait filmées avec son téléphone, en « caméra cachée ». Françoise Martres argue également que le panneau avait été mis en place avant sa prise de fonctions, et qu’aucune photographie n’avait été ajoutée après la fin du mandat de Nicolas Sarkozy.

Chute aux élections professionnelles

À la suite de cette affaire, le Syndicat de la magistrature a quoi qu’il en soit perdu en représentativité. De 32 % des magistrats, selon ses propres chiffres, en 2010, le SM n’avait obtenu que 25 % des voix lors des élections professionnelles de juillet 2013, trois mois seulement après le scandale.

Le procès qui s’ouvre mardi s’étirera jusqu’à vendredi. Le parquet a requis le non‐lieu envers Françoise Martres, seule personne à comparaître, en sa qualité de présidente d’alors du SM. Aujourd’hui vice‐présidente adjointe au tribunal de Bordeaux, elle a choisi pour la défendre Antoine Comte. Un avocat coutumier de la défense de militants de la gauche radicale. Françoise Martres encourt jusqu’à 12 000 euros d’amende.