Feuilleton gilets jaunes (2/4) : les gilets jaunes de Nemours aussi en veulent plus

A Nemours, les annonces d’Édouard Philippe n’ont pas convaincu les gilets jaunes. Ils attendent des changements plus profonds.

Des trois semaines de mobilisation des gilets jaunes, on a vu des images de violences et de convivialité. On a entendu des revendications claires et précises, et un ras-le-bol général. On a dit que le mouvement s’essoufflait, pourtant il continue d’accaparer l’actualité. La newsroom du CFJ propose un feuilleton, à Nemours en Seine-et-Marne. Ce sera notre regard sur ce mouvement multiple et pluriel. 

Le Premier ministre a prévu un moratoire de la taxe sur le carburant, renoncé pour une durée de six mois à l’alourdissement des conditions du contrôle technique automobile et s’est engagé à ne pas augmenter le tarif de l’électricité d’ici à mai 2019. Peine perdue. À Nemours, dans le sud de la Seine-et-Marne, il n’a pas réussi à convaincre les Gilets jaunes. « C’est de la poudre aux yeux », résume Alain, 68 ans. Pour lui, le gouvernement « veut gagner du temps » et « calmer la fronde avant les fêtes ». Avec son bonnet, son écharpe et son polo aux couleurs du Stade toulousain, il est persuadé qu’il faut accentuer la pression. Pour lui, la priorité serait une hausse substantielle du pouvoir d’achat.

Thierry, 53 ans, engoncé dans son anorak gris, est du même avis. « Edouard Philippe veut nous endormir mais n’y arrivera pas », affirme-t-il, déterminé. « J’ai l’impression qu’ils sont aveugles, qu’ils ne voient toujours pas la colère. On est au bout du bout », confie-t-il. Et il ajoute, les yeux brillants : « s’ils ne font rien de plus, ce sera l’assaut final samedi à Paris ». Il attend le rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF), une hausse du Smic, des retraites et la baisse de la TVA sur tous les produits de première nécessité. Des mesures qui vont bien au-delà de celles annoncées hier.

Les représentants des Gilets jaunes ont refusé hier de rencontrer le chef du gouvernement. Frustré, le collectif de Nemours commence à réfléchir à la représentation de son mouvement auprès des pouvoirs publics. « Ce qu’il faudrait, c’est avoir un Gilet jaune par région pour porter notre voix », explique Cyrille, la quarantaine. « Il faudrait que tous les responsables des groupes de Gilets jaunes d’Île-de-France se retrouvent pour élire leurs représentants ». Mais rien n’est encore prévu, croit-il savoir.

Pourtant, le temps presse pour le gouvernement. Hier matin, à Nemours, de nouveaux Gilets jaunes ont rejoint le « quartier général » du mouvement, sur le rond-point en face du supermarché Casino. Certains sont allés discuter avec les lycéens, qui bloquaient leur établissement pour manifester contre la réforme du bac et Parcoursup. « On a besoin du soutien des Gilets jaunes », crie un jeune garçon d’une quinzaine d’années. Une action commune est envisagée demain matin. L’excitation se lit sur les visages. « Les étudiants, c’est la force vive. S’ils viennent dans la rue, tout le monde suivra », s’enthousiasme Cyrille.