Gilets jaunes : «L’état d’urgence ne ferait que rajouter de l’huile sur le feu»

Face à la crise des gilets jaunes, certains réclament des mesures d’exception. Éclairage.

Laurent Wauquiez a réclamé ce mercredi le rétablissement temporaire de l’état d’urgence. Son objectif ? Éviter un nouveau “samedi noir” après les débordements des manifestations des gilets jaunes du week-end dernier.  Dans les faits, ce régime d’exception ne semblent pourtant pas adapté à la situation. Explications.

  • L’état d’urgence est-il envisageable ?

Juridiquement parlant, il est possible pour le gouvernement de mettre en place l’état d’urgence, puisque ce dernier est lié à l’appréciation de l’exécutif. Il suffit au chef de l’État de faire ensuite approuver sa décision par le Parlement.

Dans le cas des gilets jaunes, cette mesure d’exception ne semble pas la plus adaptée. Jean Petaux, spécialiste de sciences politiques à Sciences Po Bordeaux, explique « qu’en matière de maintien de l’ordre sur des manifestations, l’état d’urgence n’est pas le bon outil. Il permet certes de perquisitionner plus facilement ou encore d’interdire de manifester, mais finalement, c’est le principe de celui qui utilise un marteau pour tuer un moustique. » Selon lui, il serait « très improbable que l’exécutif mette en place ce régime. Ça ne ferait que rajouter de l’huile sur le feu ».

  • Pourrait-il permettre d’enrayer la crise des gilets jaunes ?

Dans les faits, s’il venait à être appliqué, il ne ferait qu’officialiser l’interdiction de manifester, les gilets jaunes étant déjà dans l’illégalité en ne soumettant pas leurs manifestations à la préfecture. Et pour Jean Petaux, cette officialisation génère un risque supplémentaire : celui d’un affrontement direct entre forces de l’ordre et gilets jaunes.

« Comme la manifestation sera officiellement interdite, pour faire disperser les groupes, les forces de l’ordre auront la possibilité d’intervenir plus durement », explique-t-il. Les techniques de dispersion habituelles (gaz lacrymogènes, grenades assourdissantes ou encore canon à eau) seraient remplacées par des techniques de contact rapproché, plus propices « aux bavures et aux blessures ».

L’état d’urgence permettrait également de fermer certains lieux publics, de prononcer des assignations à résidence et de limiter la circulation de véhicules. Là encore, ces mesures auraient peu de sens dans le cas des gilets jaunes.

Enfin, contrairement à l’état de siège, l’état d’urgence n’impliquerait pas la présence de l’armée.

  • Quelle est la position actuelle du gouvernement ?

Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, ne semblait pas écarter totalement l’idée samedi dernier. Il expliquait ne “pas avoir de tabou”, y compris sur l’éventuel retour de ce régime d’exception. Laurent Nunez, secrétaire d’État à l’Intérieur, assurait quant à lui qu’un recours à l’état d’urgence n’était pas à l’ordre du jour. Des violences massives ce week-end pourraient relancer le débat.