Gilets jaunes matraqués dans un fast-food : les dessous d’une vidéo virale

Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre des gilets jaunes frappés à plusieurs reprises par les forces de l’ordre. Décryptage.

Depuis mardi soir, une vidéo en ligne montre des forces de l’ordre s’en prendre à plusieurs gilets jaunes dans un Burger King, en marge des manifestations qui ont eu lieu samedi dernier à Paris. Lieu, victimes, témoins de la scène… Nous avons passé au crible les images de cette vidéo.

 

  • Où et quand ?

Cette vidéo a été filmée samedi 1er décembre en fin de journée par Nicolas Mercier, photojournaliste amateur, pendant l’évacuation finale de la place de l’Étoile. Il s’agit du Burger King de l’avenue Wagram, dans le 17ème arrondissement de la capitale. La vidéo a été mise en ligne le 4 décembre par Hors-Zone Press, sur Youtube. Hors-Zone Press se revendique comme une « agence qui s’efforce d’être au plus près de l’actualité ».

  • Ce que l’on voit sur les images

Trois types d’acteurs sont présents sur cette vidéo. Il y a d’abord des gilets jaunes, entre 10 et 15 personnes d’après nos sources, plusieurs photojournalistes (Martin Colombet, Boris Allin et Adrien Lévy-Cariès) et des forces de l’ordre. Ces derniers appartiennent aux Compagnies républicaines de sécurité (CRS), reconnaissables à la bande jaune présente sur leur casque. Le Burger King est en bon état, à l’exception de la porte d’entrée, fracturée pour laisser entrer les manifestants. Le lieu leur aurait servi de refuge.

  • Ce que disent les témoins

Nous avons contacté plusieurs photojournalistes sur place au moment des faits. Tous évoquent un déchaînement de violence.

Martin Colombet, photojournaliste, explique que « les gens sont rentrés dans le Burger King parce qu’ils ne pouvaient plus respirer. Il y avait tellement de gaz que nous vomissions. On est resté là-bas une dizaine de minutes puis une colonne de CRS a débarqué. On a présenté nos cartes de presse et on a pu éviter un peu les coups (NDLR: Adrien Lévy-Cariès serait le seul à avoir reçu un coup de matraque). Mais ils sont rentrés à l’intérieur du fast-food et ils ont matraqué tout le monde. Ils ont ensuite fait sortir les gens sur le trottoir et ont continué à les matraquer, avant de les laisser partir. Je n’ai pas vu d’interpellations. »

Nicolas Mercier, auteur de la vidéo, corrobore les propos de Martin Colombet. « Quand les CRS sont entrés, les gilets jaunes avaient les bras en l’air. Ils ne semblaient pas être les plus virulents de la manifestation. Puis les forces de l’ordre ont tapé. C’était gratuit. »

Pour les deux hommes, cette violence est d’autant plus inexplicable que les manifestants étaient venus se mettre à l’abri. « Dans le Burger King, tout le monde était calme. Pas de vol, pas de casse. Les gens venaient simplement récupérer. La place de l’Étoile était devenue irrespirable et il nous fallait un endroit pour se reposer », continue Martin Colombet.

  • Ce que disent les forces de l’ordre

Contactée ce matin, la préfecture de police a expliqué avoir reçu les vidéos. Celles-ci « sont étudiées et si une personne dépose plainte, l’enquête sera de fait initiée ».

À notre connaissance, aucun dépôt de plainte n’a pour l’heure était effectué. Boris Allin, reporter-photographe pour Libération, dit avoir déposé un signalement à l’IGPN, la « police des polices ». Il ne compte pas déposer plainte.

Quant à Nicolas Mercier, il nous a affirmé avoir été contacté cette nuit par des victimes.« Elles voulaient utiliser ma vidéo pour ensuite déposer plainte ».