Une Cité pour les dames sans‐abri

Un nouveau lieu d'accueil destiné aux femmes SDF a ouvert ses portes dans le 13e arrondissement de Paris. Reportage.

Quand Malika, 51 ans, passe la nuit dans la rue, elle ne dort pas, ne s’assoit pas. « Trop dangereux, on vient m’emmerder », affirme ce petit bout de femme dont le sourire irradie. Alors, elle marche toute la nuit, chaussures de rando au bout de fines jambes. Au petit jour, elle s’endort sur un banc ou dans une gare. Il y a deux jours, elle a lu dans le journal un article sur la Cité des Dames. Inauguré le week‐end dernier dans le 13ème arrondissement, ce lieu d’accueil est une initiative de l’Armée du Salut et de l’Association pour la santé des femmes (ADSF). Malika s’est dépêchée d’y aller, avec « la peur qu’il n’y ait plus de places ». Elle y a passé depuis , trois nuits.

Dans les 200 m2 de la Cité des Dames, qui accueille exclusivement des femmes, celles‐ci peuvent se doucher, laver leur linge, manger et dormir. Travailleurs sociaux, sages‐femmes et psychologues sont présents sur les lieux, tous les jours.

Un sentiment de sécurité

Quand elle a vu les locaux, « neufs et propres », Malika a été soulagée. Des centres d’accueil et d’hébergement, elle en a fréquenté mais jamais, elle ne s’était sentie « si bien accueillie ». « Dans les centres où je suis allée, il y avait beaucoup de monde, ce n’était pas propre. Les gens étaient agressifs et je ne me sentais pas en sécurité », se souvient celle qui devait souvent planquer son sac sous son matelas et qui dormait avec ses chaussures pour éviter les vols. « Ici, il y a moins de risques de confrontation car l’ambiance est calme et apaisée. » Parmi les autres filles, « il y en a avec qui le courant passe bien ». Pour Malika, la Cité des Dames est un lieu de répit. « Être à la rue, c’est dur. Être une femme à la rue, c’est encore plus dur », affirme‐t‐elle, grave sous une mèche blonde.

Sur les 3 000 sans domicile fixe à Paris, 12% seraient des femmes selon le comptage de la Nuit de la solidarité effectué en février. Pour ces femmes en grande vulnérabilité, les solutions ne courent pas les rues. « Il manque des structures adaptées pour les femmes seules, rien n’a été pensé pour elles », regrette Nadège Passereau, déléguée générale de l’ADSF.

Des refuges mixtes, il y en a pourtant, mais les femmes ne s’y sentent pas toujours en sécurité. « Si je vous propose un dortoir avec 45 hommes et cinq femmes, vous y allez ? », interroge‐t‐elle. Le problème est de taille et les autorités commencent à s’en emparer. Deux salles de l’Hôtel de Ville de Paris sont actuellement en travaux et devraient accueillir, dès la mi‐décembre, une cinquantaine de femmes.

Dans la salle de repos, entre le café, le thé et les petits gâteaux, elles sont une dizaine à discuter. « Tu n’aimerais pas retourner voir Marseille ? », demande‐t‐on à Malika. « Bien sûr ! Si je ne meurs pas de froid dehors ! » Tout le monde rit.