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De plus en plus de personnes déclarent avoir été victimes de violences sexuelles

Le nombre de personnes déclarant en 2017 avoir été victime de violences sexuelles en dehors de leur foyer a augmenté de 53% en un an selon une enquête statistique sur 16 000 personnes publiée jeudi.

L’étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) et de l’Insee révèle une « forte augmentation » entre 2016 et 2017 du nombre de personnes estimant avoir été victimes de ces violences « hors ménage », c’est-à-dire commises par une personne n’habitant pas avec elles.

Des chiffres à prendre avec précaution

L’ONDRP et l’Institut national de la statistique appellent cependant à prendre ces chiffres «avec précaution».

En effet, pour réaliser cette enquête, la question n’a pas été formulée de la même manière en 2016 et 2017 à tous les participants, ce qui a pu fausser les chiffres. 

De plus, les données ont été récoltées dans un contexte de libération de la parole des femmes lié à l’affaire Weinstein et au mouvement #MeToo. Ces circonstances ont pu provoquer une « prise de conscience par les personnes interrogées de leur statut de victime, de la représentation de ce qu’est une violence sexuelle, et par là même amener une plus forte déclaration des personnes victimes », explique l’ONDRP.

« Beaucoup d’actes qui pouvaient apparaître comme normaux (…) sont maintenant qualifiés d’intolérables »

Mais cette étude signifie-t-elle qu’il y a eu deux fois plus de violences sexuelles en 2017 en France ? « Dans les faits, on n’en sait rien », affirme Alice Debauche, maître de conférence en sociologie à Strasbourg. « Si on prend les enquêtes sur le long terme, on voit que les violences sexuelles augmentent. Ça n’a rien à voir avec les faits mais ça montre que c’est de moins en moins difficile d’en parler. (…) Avec #MeToo, les femmes et les hommes se sentent plus légitimes d’en parler quand on leur pose la question », explique la sociologue. 

Ce n’est pas le seul élément qui pourrait expliquer le résultat de cette étude. « Il y a aussi les faits que beaucoup d’actes qui pouvaient apparaître comme normaux ou banals dans l’espace public sont maintenant qualifiés d’intolérables et considérés comme des attouchements sexuels », poursuit Alice Debauche. 

Toujours peu de dépôts de plaintes comparé aux autres atteintes

Cette enquête montre aussi que les taux de plainte sont très variables selon les atteintes. S’ils dépassent les 75% pour des cambriolages ou des vols de voiture, ils dégringolent à moins de 15% lorsqu’il s’agit de violences sexuelles ou de violences dans le ménage et au sein du couple ou du ménage.

Dans le sillage du mouvement #MeToo et #balancetonporc, la lutte contre les violences sexuelles est devenue un enjeu pour les pouvoirs publics comme pour la société civile. Fin novembre, le ministère de l’Intérieur a ainsi lancé une plateforme de signalement en ligne des violences sexuelles et sexistes afin de favoriser le dépôt de plainte.