Feuilleton gilets jaunes (3/4) : A Nemours, la vie en jaune

Après l’appel à la grève lancé par les routiers, les Gilets jaunes de Nemours croient au durcissement du mouvement et se préparent à faire des provisions. 

« À partir de dimanche, tout sera bloqué ! Il faut faire des provisions les gars ! », s’écrie Karim, 52 ans, veste en cuir sur le dos. Depuis que certains syndicats de routiers ont appelé à la grève, les gilets jaunes de Nemours, en Seine-et-Marne, se préparent déjà pour la semaine prochaine. « Il faut anticiper le truc ! Moi j’ai des enfants, il faut qu’ils puissent se nourrir », confie Karim. Lui-même chauffeur de bus, il explique que les salariés de son entreprise se mettront sûrement en grève à partir de dimanche. Ils veulent une augmentation de salaire de 1,6%.

Patrice, protégé du froid par son gros pull en laine rouge, est lui aussi persuadé que le mouvement monte en puissance. À 63 ans, il est contrôleur en mécanique et espère notamment une augmentation des retraites. « On attend de nouvelles propositions et pas de la poudre de perlimpinpin », assure-t-il crânement.

C’est sur le rond-point, en face du Casino et du péage autoroutier, que les gilets jaunes ont monté leur « quartier général ». C’est là qu’ils se retrouvent tous les matins à partir de huit heures. Ils sont une quarantaine à venir s’installer et à débattre des actions de la journée. La police passe régulièrement pour discuter et s’assurer du bon déroulement des activités. Les administrateurs du groupe Facebook « Nemours et environs » tiennent informés ceux qui ne peuvent pas être présents. Chaque publication est contrôlée par un modérateur, pour éviter les messages les plus racistes et violents.

Cyrille est l’un d’entre eux. Ancien assistant d’éducation, il est au chômage depuis près d’un an. « Avant les gilets jaunes, je broyais du noir. Aujourd’hui, j’ai trouvé un but », avoue-t-il. Le visage fier, les yeux brillants, il ajoute : « J’ai retrouvé des ailes »

« On n’est plus tout seuls dans notre coin à cogiter », assure Magalie, 32 ans, emmitouflée dans son manteau beige. Dans le groupe, elle sent de la solidarité et voit naître des amitiés. « Je suis le petit poisson rouge, c’est moi qui calme les tensions », glisse-t-elle avec un sourire. Jusqu’à présent, elle ne s’intéressait pas à la politique. « Depuis que je fais partie du groupe, des gens prennent le temps de m’expliquer ce que je ne comprenais pas avant », confie-t-elle calmement. Pour les gilets jaunes de Nemours, le « quartier général » est devenu un lieu de rencontre, de partage.