Face aux gilets jaunes, la tension des forces de l’ordre : « On se félicite qu’aucun drame ne soit survenu »

Emmanuel Macron a annoncé lundi la mise en place d’une « prime exceptionnelle » pour les forces de l’ordre particulièrement mobilisées depuis trois semaines. Une mesure insuffisante pour les syndicats.

Les forces de l’ordre sont épuisées. L’association « Gendarmes et citoyens » (AG&C) lance ce mercredi un « signal d’alerte » au gouvernement. Comme elle, plusieurs syndicats policiers dénoncent les conditions de travail dans lesquelles les gendarmes et les forces de police doivent exercer depuis trois semaines dans le cadre du mouvement des gilets jaunes.

« Nos hommes partent à 6 heures et rentrent à 22 heures. Et les repos sautent »

Les rassemblements se succèdent depuis près d’un mois dans toute la France pour dénoncer la hausse des taxes sur les carburants, d’abord repoussée pour six mois par le Premier ministre, avant que l’Elysée n’annonce son annulation. Trois samedis que les manifestants défilent sur les Champs-Elysées et que les forces de l’ordre doivent gérer insultes, projectiles et voitures incendiées. Ambulanciers et lycéens sont eux aussi mobilisés.

Une situation qui n’est plus tenable pour Jean-François Charrat, capitaine à la retraite et chargé de communication pour AG&C. « On est fatigués », lance-t-il, « depuis le 17 novembre, les policiers et les gendarmes mobiles sont suremployés. » Face aux nombreuses mobilisations, les forces de l’ordre sont contraintes à un rythme de travail intense. « Nos hommes partent à 6 heures et ne reviennent souvent qu’à 22 heures, au mieux. Et les repos sautent », ajoute-t-il.

Un quotidien difficile pour des policiers et des gendarmes qui sont confrontés à une « situation nouvelle dans son aspect et dans ses dimensions », soutient Jérôme Moisant, secrétaire national aux conditions de travail de l’Unité SGP Police-FO. « On a rarement vu un mouvement aussi transversal à la fois géographiquement et en terme de profils de militants », explique-t-il.

« Ils viennent en étant très motivés pour casser du flic »

Difficulté particulière avec les gilets jaunes, les forces de police sont confrontées à des manifestants « très mobiles » et qui organisent des rassemblements « non déclarés », développe-t-il. À cela s’ajoute la virulence des modes d’action de certains d’entre eux. « Ils viennent en étant très motivés pour casser du flic », affirme-t-il. « Au milieu des gens qui manifestent, il y a quelques opportunistes qui viennent régler leurs comptes », renchérit Charrat.

Ces difficultés ne sont pas sans conséquence sur le moral des forces de police. « Les gens se questionnent, il y a un vrai malaise ambiant », soutient Charrat. « La situation est tendue, c’est nerveusement compliqué », décrit de son côté Moisant. Ce qui fait craindre des répercussions. « Quand on est stressés, on ne travaille pas bien », explique-t-il. « On se félicite tous les jours qu’aucun drame ne soit survenu », clame-t-il.

Le syndicat Vigi appelle à une grève illimitée dès le 8 décembre

Du côté des gendarmes, on dénonce également un « manque de reconnaissance » du travail de la part du gouvernement. « La reconnaissance, ça commence avec la mise en place de moyens », lance Jean-François Charrat. La « prime exceptionnelle », annoncée lundi par Emmanuel Macron, ne suffit pas à calmer la colère des syndicats. Chez AG&T, on affirme que l’annonce est « mal perçue » par les gendarmes. « Les unités mobiles attendent déjà de recevoir leurs indemnités qui, pour certains, n’ont pas été versées depuis septembre », déclare son chargé des relations presse, amer.

Au moins 4 000 membres des forces de l’ordre étaient mobilisés samedi dernier sur les Champs-Elysées. Près de 133 personnes ont été blessées, dont 23 parmi les forces de police, selon la préfecture. Des appels à une nouvelle manifestation samedi prochain circulent actuellement sur les réseaux sociaux. Une manifestation à laquelle des policiers pourraient participer. Mercredi, le syndicat minoritaire Vigi a officiellement rejoint le mouvement des gilets jaunes en appelant à une grève illimitée du personnel occupant des fonctions support (administratif, technique, scientifique…) à partir du 8 décembre.

Après avoir été fortement critiqué pour le système de protection mis en place samedi dernier, le chef de l’Etat espère un retour au calme samedi prochain. Il avait demandé dimanche au ministre de l’Intérieur de mener « une réflexion sur la nécessité éventuelle d’une adaptation du dispositif du maintien de l’ordre dans les jours à venir. » Avec l’espoir d’éviter, cette fois, tout nouveau débordement.