La femme qui répare les femmes

Dans son cabinet du 16e arrondissement, Agnès Montagnon-Thomas recrée des aréoles mammaires - tétons - sur des seins tout juste reconstruits. Un nouveau départ pour des femmes qui ont vaincu le cancer.

« Quand on fait cette reconstruction, la maladie est derrière nous. Plus de chimio, plus de rayons… Une nouvelle vie peut enfin commencer », confie Agnès Montagnon‐Thomas, dermographe. Ancienne assistante de chirurgie plastique, elle se tourne en 2000 vers la dermopigmentation réparatrice et esthétique. Une méthode qui consiste à implanter des pigments médicaux dans la peau à l’aide d’un outil similaire à celui d’un tatoueur. Il permet de recréer l’aréole mammaire — ou téton — de patientes qui ont subi une mastectomie — une ablation du sein.

Son cabinet à deux pas de la place Victor Hugo, dans le 16e arrondissement de Paris, accueille des femmes qui ont combattu la maladie. En France, on dénombre 54 000 nouveaux cas de cancer du sein chaque année. Près d’une femme sur neuf sera concernée au cours de sa vie, selon la Ligue contre le cancer. Une rémission totale est constatée dans trois cas sur quatre.

Agnès Montagnon‐Thomas, dans son salon à Paris.

 

« Pour beaucoup, le mot cancer est synonyme de mort, mais ce n’est plus totalement vrai », poursuit la dermographe. « Le cancer du sein, pris en charge à temps, a de grandes chances d’être soigné ». Mais après une rémission, le processus de reconstruction est encore long. « Cela se fait petit à petit mais ça veut dire encore des chirurgies, encore des consultations, encore des professionnels de la santé… La reconstruction est éprouvante physiquement et mentalement », affirme‐t‐elle.

D’autant plus que le cancer du sein s’attaque au symbole même de la féminité. Après le diagnostic, vient la mastectomie, pratiquée dans 40 % des cas. « Cette chirurgie est très destructrice parce que la plupart du temps, on vous retire le sein, ou un petit morceau », poursuit la dermographe. La chirurgie s’accompagne souvent d’une chimio ou de rayons, avec la perte des cils, des sourcils et des cheveux, autres symboles forts de la féminité. « C’est l’image de la femme vis‐à‐vis d’elle-même, de son conjoint, de ses enfants et de la société qui est bouleversée », soutient‐elle.

Une réparation en volume est ensuite possible avec la pose d’une prothèse mammaire. Mais souvent, elle est insuffisante. « Quand vous vous déshabillez et que vous êtes devant votre glace, vous voyez que ce n’est pas fini. Il y a ce sein, aveugle, qui rappelle le cancer. » La dermopigmentation de l’aréole vient créer l’illusion d’un téton. « Le point final d’un long combat », pour Agnès Montagnon‐Thomas. Mais surtout une réappropriation de son corps et de son intimité. « La reconstruction en volume suffit à faire l’illusion avec des vêtements, souligne‐t‐elle. Mais avec la pigmentation, on peut se regarder devant une glace et ne plus voir la maladie. »