Un mois après, les Marseillais entre solidarité et abandon

Les effondrements de la rue d’Aubagne laissent un quartier traumatisé. Un nouveau quotidien s’organise pour les évacués. Reportage.

Des bougies, des photos et des fleurs s’étalent sur les murs et le trottoir de la rue d’Aubagne. Les passants s’arrêtent pour se recueillir. Il suffit de lever les yeux pour apercevoir le trou béant laissé par la chute des numéros 61 et 63. « Il y a encore les placards qui pendent aux murs », se désole un homme en secouant la tête.

Tiffanie et Mickaël ont tous les deux la vingtaine et ont été évacués du numéro 62, juste en face des immeubles effondrés. Cela fait un mois qu’ils vivent dans une chambre d’hôtel d’un peu moins de 20m2, avec deux lits jumeaux, une bonne partie de leurs affaires et leur chat.

« Au début, on nous a dit qu’on serait à l’hôtel pour deux ou trois jours. Au bout des trois jours, on  a dû aller chercher des affaires pour une semaine. Un mois après, on est toujours là », explique Tiffanie, résignée.

Silence radio

« On n’a aucune nouvelle de la part de la mairie. Certains évacués ne parlent pas français, d’autres sont très âgés. Comme on est plusieurs dans l’hôtel, on essaye de se faire passer les infos », raconte Mickaël. Ils sont une quarantaine à l’hôtel B&B de la rue de Ruffi. Il y a des familles entières sur plusieurs étages. A l’entrée se trouve leur seul moyen de cuisiner : un micro-onde.

Tiffanie et Mickaël sont bien décidés à ne pas retourner rue d’Aubagne, même s’ils ne retrouveront jamais un 35m2 pour 380€. « On a discuté avec un couple qui habitait au quatrième étage. Le maçon qui est venu faire les travaux leur a recommandé de ne pas poser des meubles lourds à certains endroits, parce que le sol n’était pas assez solide. Lui-même est passé à travers le plancher entre le 3e et le 4e étage pendant qu’il travaillait… »

Jouer collectif

Le jeune couple fait partie du collectif du 5 novembre. Parmi ses bénévoles, Mohammed Jandoun et Sassi Ben Moussa accueillent des évacués tous les jours. Dans le petit local de la rue de l’Arc, le thé à la menthe coule à flot. Sur les murs s’étalent des caricatures qui portent toutes le même message, limpide, adressé au maire de Marseille : « Gaudin, dégage ! »

Le collectif recrée du lien social, fournit des vêtements et nourrit les évacués. Sandrine, la cuisinière, prépare chaque soir un repas pour une quarantaine de personnes. La nourriture provient de dons des commerçants du marché de Noailles.

« La ville est à l’abandon depuis des décennies ! Ils ont dit que les immeubles s’étaient effondrés à cause des fortes pluies mais c’est surtout que les canalisations étaient vétustes. Les gens chargés de la maintenance n’ont pas fait leur travail. C’est un des nombreux exemples du clientélisme mafieux à la marseillaise » s’indigne Mohammed.

En attendant, le collectif voit ses rangs grossir, au fur et à mesure que les évacuations d’immeubles continuent. Le 24 décembre, une fête de Noël pour les enfants sera organisée. « On fait ce qu’on peut, on essaye de rester tournés vers les autres », sourit Sassi, déjà reparti accueillir de nouveaux évacués.