Arrestation filmée de lycéens à Mantes-la-Jolie : décryptage d’une vidéo polémique

Les images d’une arrestation d’environ 150 adolescents à Mantes-la-Jolie ont provoqué une indignation générale. D’un point de vue juridique, l’action de la police pourrait se défendre, mais certains appellent à la dignité humaine.

Des dizaines de lycéens alignés, genoux à terre, les mains croisées derrière la tête et entourés de policiers armés. Certains d’entre eux sont mis face à un mur. L’arrestation a eu lieu jeudi près d’un lycée de Mantes-la-Jolie, après une série de dégradations commises ces derniers jours, en marge de la mobilisation lycéenne.

Les images ont provoqué l’indignation sur les réseaux sociaux. Pourtant, ce type d’interpellation reste parfaitement légal, y compris sur des mineurs selon le commandant de police Philippe Lesage. « Il n’y a pas de règle qui interdise ce genre de pratique », affirme-t-il. « Quand on considère les violences urbaines qui ont eu lieu et qu’il y a flagrant délit, on comprend parfaitement cette interpellation. »

D’autant qu’avec environ 150 personnes interpellées, « le rapport de force n’était pas favorable aux policiers » rappelle Philippe Lesage. « On peut imaginer que les policiers ont utilisé cette méthode pour maîtriser les jeunes et qu’ils ont ensuite procédé à des palpations », développe-t-il.

Filmer une interpellation : “une faute évidente”

Manque toutefois des indications sur la chronologie de cette interpellation. « Si ces jeunes sont restés dans cette position après avoir été palpés et que l’interpellation a vraiment duré des heures, sans que ça ne soit justifié, ça pose question. Cette méthode est légale, mais à condition qu’elle soit vraiment motivée par un souci de sécurité », explique-t-il. 

Le commandant de police condamne en revanche fermement le fait que l’interpellation ait été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux : « Si c’est un policier qui a fait ça, c’est une faute évidente et un manquement à son devoir de réserve. »

Ces images ont été reprises par le compte Twitter « Violences Policières », qui partage régulièrement des contenus du même genre. L’authenticité de ces images a été vérifiée grâce aux journalistes présents sur place au moment des faits, et à une confirmation du Ministère de l’intérieur.

 

Contacté par Libération, le propriétaire du compte Twitter a déclaré avoir récupéré la vidéo sur le compte d’un policier qui, lui, n’aurait pas souhaité dévoiler l’origine du document. 

« Pas loin d’un traitement inhumain »

Aline Daillère est juriste, spécialisée dans les violences policières. En réaction à cette série de vidéos, elle évoque le code de déontologie, tout en avançant que « juridiquement, (l’arrestation) est sûrement défendable ».

Ce qui l’interroge surtout, c’est « le poids des images et tout ce qu’elles peuvent générer ».  Selon elle, il y a quelque chose à prendre en compte à tout prix : la déontologie. « Le respect de la personne et de sa dignité, c’est important. Ici, on n’est vraiment pas loin d’un traitement dégradant et inhumain, assène-t-elle. Pour être honnête, si ces images venaient d’un pays non démocratique, tout le monde s’en indignerait, y compris les hautes autorités de police ».

Une enquête administrative a été ouverte pour découvrir l’identité de l’auteur de la vidéo, selon le préfet des Yvelines ce vendredi sur RTL. Le Défenseur des droits a également ouvert un enquête sur cette interpellation ce vendredi.

Juliette Desmonceaux et Simon Lesage