Friedrich Merz, le virage à droite du parti de Merkel

Le favori à la présidence de la CDU, dont la rivalité avec Angela Merkel est exacerbée, représente l’aile droite du parti présidé par la chancelière depuis 2000.

Dix-huit ans après, il pourrait enfin obtenir ce qu’il désirait. Friedrich Merz garde une certaine rancoeur vis-à-vis d’Angela Merkel : en 2000, alors que la CDU se cherchait un remplaçant pérenne à Helmut Kohl, chancelier fédéral de 1982 à 1998, c’est la politicienne née en Allemagne de l’Est qui l’avait emporté. Également candidat, Friedrich Merz avait laissé s’envoler sa chance et avait vu, quelques années plus tard, celle qui n’était pas encore surnommée « Mutti » (« Maman ») prendre la tête du pays pour plus de 15 ans.

Après près de quatre mandats d’Angela Merkel à la tête du pays, voilà Friedrich Merz favori pour lui succéder à la tête de la CDU. Les 1001 électeurs du parti de droite se réunissent, vendredi, pour élire leur nouveau dirigeant. Ils ne sont plus que deux : Friedrich Merz, donc, et Annegret Kramp-Karrenbauer, une fidèle de la chancelière. Le troisième candidat, le ministre de la Santé Jens Spahn, est jugé hors course par les médias, qui ne le voient pas comme un candidat sérieux.

Friedrich Merz, lui, dispose d’un CV plutôt pauvre pour quelqu’un présenté comme l’une des figures de la droite allemande. Rien d’étonnant à cela, pourtant : rival d’Angela Merkel, membre du parti au pouvoir depuis 13 ans, il a été écarté des gouvernements successivement mis en place par la chancelière.

Parenthèse chez HSBC

Cette animosité entre les deux leaders de la droite allemande est symbolisée par un épisode : en 2002, Angela Merkel, toute jeune présidente de la CDU et, de facto, chef de l’opposition, évince Friedrich Merz de la tête du groupe parlementaire CDU-CSU (la CSU étant la branche bavaroise de la CDU) pour en prendre la direction. Un affront pour l’homme politique d’alors 46 ans, sa première véritable défaite politique. Merz a très vite su, donc, que tant qu’Angela Merkel serait à la tête de la CDU, il n’aurait pas la place à laquelle il aspirait. Un constat qui l’a poussé à mettre entre parenthèses, en 2009, sa carrière politique en entrant chez HSBC.

Cette parenthèse, Friedrich Merz a décidé de la fermer quand Angela Merkel a annoncé, le 29 octobre, qu’elle ne serait pas candidate à sa propre succession à la tête de la CDU. La décision venait après deux cuisantes défaites électorales dans deux Länder importants. Ce qui explique le grand défi qui attend le futur président du parti chrétien-démocrate : relancer l’un des deux grands partis allemands, victime comme son adversaire social-démocrate, le SPD, d’un inquiétant essoufflement.

Pour cela, Friedrich Merz a en tête des idées bien à lui et bien à droite. Il affirme vouloir, « en cette époque de changements radicaux », faire revenir la CDU aux « valeurs sûres ». Un mot qui inclut, pour lui, un strict contrôle de l’immigration et un climatoscepticisme assumé. De sa parenthèse dans le domaine bancaire, le favori à la succession d’Angela Merkel a haussé le ton contre deux promesses d’Angela Merkel : l’abandon du nucléaire, après la catastrophe de Fukushima en 2011, et l’ouverture des frontières, qui a conduit à l’accueil par l’Allemagne d’un million de migrants en un an en 2015. Une ligne politique qui fait dire à Wolfgang Schaüble, président du Bundestag, que son élection serait « ce qu’il y a de mieux pour l’Allemagne ». Un soutien sans surprise : Schaüble, bien que longtemps ministre de l’Intérieur puis de l’Économie dans les gouvernements d’Angela Merkel, n’a jamais caché sa proximité idéologique avec Friedrich Merz.

L’AfD, « un parti ouvertement nazi »

Représentant de l’aile droite de la CDU, ce dernier a pourtant souhaité exprimer une ligne rouge : il ne s’alliera jamais à l’Alternative für Deutschland (AfD), le parti d’extrême-droite qui a fait son entrée au Bundestag en 2017. « Un parti ouvertement nazi avec une pointe d’antisémitisme », selon les mots du favori à la présidence de la CDU. Si Friedrich Merz est élu, vendredi, il est probable qu’il soit la tête de file du parti lors des élections législatives de 2021. C’est dans ce cadre qu’il a souhaité afficher au su de tous son opposition à l’AfD. Il rassure ainsi les grands électeurs du parti qui pourraient craindre une dérive droitière. Ce qui ne l’a pas empêché, par la suite, d’affirmer que, sous sa présidence, la CDU ne s’allierait pas avec Die Linke, le parti de gauche qui monte outre-Rhin.

Si Friedrich Merz devient président de la CDU, cette question des alliances pourrait d’ailleurs se poser avant 2021. En Allemagne, les observateurs voient en la combinaison de la présidence du parti et de sa rivalité avec Angela Merkel la possibilité d’une transition précipitée. Les élections européennes représentent, pour la CDU, une nouvelle déroute électorale mais il est probable qu’Angela Merkel y voie le moment de se retirer, et de laisser la voie. Et Friedrich Merz, qui attend dans l’ombre depuis près de vingt ans, sera là pour prendre le flambeau.

“AKK”, la candidate qui se cherche

Elle est présentée comme la candidate d’Angela Merkel. La plus proche, idéologiquement, de la chancelière. A 56 ans, longtemps figure du Land de la Sarre, elle est aujourd’hui secrétaire générale de la CDU, numéro 2 du parti. Annegret Kramp-Karrenbauer, dite “AKK”, marque pourtant ces derniers temps sa différence de ton d’avec « Mutti ». « J’ai mon propre profil et ma propre biographie », a-t-elle rappelé aux médias mercredi. Une évidence lorsqu’elle demande que les Syriens reconnus coupables d’actes criminels soient expulsés d’Allemagne, une mesure que même le très conservateur ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, n’ose pas soutenir. Mais, là encore, elle ne va pas aussi loin que Friedrich Merz : celui-ci propose de revoir l’inscription dans la loi du droit d’asile.