Portraits : les gilets jaunes de Nemours

Toute la semaine, vous avez suivi jour après jour l’évolution du mouvement des gilets jaunes de Nemours, dans le sud de la Seine-et-Marne. Retour sur les principaux protagonistes de l’histoire avec une sélection non-exhaustive des personnages qui font vivre « le quartier général », sur le rond-point, en face du supermarché Casino.

Karim, 52 ans

Chauffeur de bus, il a été choisi pour être le « premier administrateur » des gilets jaunes de Nemours. « Je connais tout le monde ici », explique-t-il. Ancien président du club de boxe de la ville, il dit avoir toujours cherché à aider ceux qui étaient dans le besoin. D’un naturel sociable, il promet « de ramener du couscous pour tous » en cas de grève générale.

Fiona, 28 ans

Aide-soignante dans la vie, elle est administratrice et modératrice du groupe Facebook, c’est-à-dire qu’elle trie ce qui peut être publié et ce qui ne peut pas l’être. Maman d’une fillette de 4 ans et demi, elle avoue ne pas dormir plus de quatre heures par nuit, par manque de temps. Fière d’appartenir aux gilets jaunes, elle ne s’intéressait « absolument pas » à la politique jusqu’à présent. Aujourd’hui, elle espère « être en train d’écrire l’histoire de demain ».

Cyrille, 46 ans

Il fait partie des quatre administrateurs du groupe. Ancien assistant d’éducation, il est au chômage depuis un an. Le 17 novembre, il est arrivé « sans connaître personne », en broyant du noir. Aujourd’hui, il a « trouvé un but. » Mieux, il a « retrouvé des ailes », affirme-t-il. Très actif sur les réseaux sociaux, il est tous les jours parmi les premiers à arriver au « quartier général ».

Chrystamina, dite « tata », 60 ans

Coiffeuse pendant 30 ans, elle est aujourd’hui au chômage et souhaite devenir chauffeuse pour les personnes handicapées. Au quartier général, elle est une des responsables « cuisine », chargée de préparer le café le matin et le repas le midi. Lors des dernières élections présidentielles, écœuré par les politiques qu’elle trouve « tous pourris », elle a voté pour la première fois Marine Le Pen, parce qu’elle en avait « ras-le-bol ». « Deux jours sans les gilets jaunes, c’était déjà un manque », avoue-t-elle. Elle dit y avoir trouvé des amis et de la convivialité.

Magalie, 32 ans

Elle se décrit comme « le petit poisson rouge », celle qui arrive à calmer les tensions. Auparavant, elle n’a jamais voté parce qu’elle « estimait que ça ne servait à rien ». Maintenant, elle s’y intéresse davantage parce que des gilets jaunes prennent le temps de lui expliquer « ce qu’elle ne comprenait pas ». Elle est persuadée de tisser des liens très forts en ce moment, des liens qu’elle gardera bien après la fin du mouvement.

Patrice, 63 ans

Contrôleur en mécanique. Jusqu’au 17 novembre, il était « révolté dans [s]on coin ». Avec les gilets jaunes, il s’est rendu compte qu’il n’était pas tout seul. Il confie se battre pour ses six enfants et surtout pour ses six petits-enfants. Il se dit « pacifique » mais promet de se battre « jusqu’à la démission d’Emmanuel Macron ».

Jean-Pierre, 72 ans

Jamais sans sa casquette du Che, ancien ouvrier du verre, il est révolté depuis son plus jeune âge. Syndicaliste à la CGT pendant 40 ans, militant au Parti Communiste depuis 50 ans, il enfile son gilet jaune pour un meilleur partage des richesses. En venant sur le rond-point, il s’est rendu compte qu’il y avait des gens « nettement plus malheureux » que lui.

Patrick, 62 ans

Retraité, ancien pâtissier, il fait à 62 ans ses premières manifestations. Depuis qu’il fait partie des gilets jaunes, il s’est fait beaucoup d’amis qui avaient les mêmes idées que lui. Patrick a deux fils et une fille. Il veut se battre pour eux, pour qu’ils vivent dans de meilleures conditions que lui.

Mireille, 61 ans

Mireille est une battante. Après avoir été touchée par un tir de flashball à Paris lors des manifestations du 1er décembre, elle veut y retourner, jusqu’à « la dissolution de l’Assemblée Nationale ». Dans l’attente de la retraite depuis qu’elle s’est blessée aux mains, elle peine à joindre les deux bouts. Elle doit aujourd’hui vivre avec sa mère de 85 ans mais aime retrouver le plus souvent possible les gilets jaunes, « des gens très sympathiques ».

André, 60 ans

« Dédé » pour les gilets jaunes. Au chômage depuis trois mois, il était auparavant poseur de ligne téléphonique. « Je n’ai jamais voté. C’est la première fois que je m’engage », avoue-t-il. Maintenant, il promet de se rendre aux urnes à chaque élection. Avec les gilets jaunes, il a l’impression de « former un groupe où tout le monde se soutient. »

Luc, 29 ans

Quand il a quitté son CAP, on lui a dit qu’il « creusait sa tombe ». Aujourd’hui, il est intérimaire. « Il y a des mois plus difficiles que d’autres », confesse-t-il. D’origine corse, il ne sort presque jamais sans son écharpe de Bastia et écoute des chants corses dans sa voiture. Il a voté FN aux dernières élections mais c’est la première fois qu’il manifeste. Grâce aux gilets jaunes, il a fait de très belles rencontres.

Kévin, 38 ans

Au chômage, Kévin vit avec 860 euros par mois. Il se mobilise aujourd’hui contre la hausse des taxes et pour une augmentation du pouvoir d’achat. « On est tous dans le même bateau », confie-t-il, ajoutant qu’il avait fait de très belles rencontres grâce aux gilets jaunes.