En Seine‐et‐Marne, des locataires redoutent de voir leur immeuble s’effondrer

Des habitants de Coulommiers (77) craignent que leur immeuble ne s’écroule depuis que d’énormes fissures sont apparues sur les murs. Une angoisse quotidienne qui commence à être entendue.

Certains parlent de fissures dans les murs, il s’agit plutôt de trous béants. Au bout de l’impasse de l’Aître à Coulommiers en Seine‐et‐Marne, un immeuble de deux étages menace de s’effondrer d’après ses occupants. Les trois locataires des appartements situés du côté gauche ne peuvent plus ouvrir leur porte sans voir que le bâtiment est presque coupé en deux. Au deuxième étage, on peut même apercevoir le jour au bout de la “fissure”. Des escaliers qui penchent —  « attention, il vaut mieux ne pas être trop nombreux à les monter », prévient le voisin du premier étage -, une cave lézardée et plus aucune isolation, voilà à quoi ressemble cette bâtisse depuis deux ans et demi.

L’effondrement des deux immeubles à Marseille en novembre a marqué les locataires. Ils se sont dit qu’il pourrait très bien leur arriver la même chose. Pourtant, un expert venu constater les dégâts il y a un mois n’a noté aucune mise en péril. Une conclusion difficile à entendre pour les locataires. « On nous dit que c’est sans danger mais le matin, quand on se lève, on voit de nouveaux débris par terre », se désole Jennifer, locataire au premier étage.

Jennifer Léger et Djiad Remadna, parents de deux enfants en bas âge, vivent dans un appartement de l’immeuble depuis quatre ans. Le délabrement de leur habitation a commencé en 2016, à la suite de travaux effectués dans les parties communes. « Une semaine après les travaux, il y a eu une grosse tempête de vent, se souvient Djiad. C’est là qu’on a commencé à voir les premières fissures. » Aujourd’hui, la situation est si inquiétante que les deux parents préfèrent que leurs enfants ne dorment plus à la maison.

Ces trous dans les murs, dans lesquels on peut passer une main ou un bras, représentent également un gouffre financier. Jennifer et Djiad assurent payer plus de 200 euros d’électricité par mois à cause du manque d’isolation. Leur voisine, Kovincic Dobrila, a carrément renoncé à chauffer son appartement. “Avec 700 euros par mois et 400 euros de loyer, je ne peux plus me permettre d’allumer le chauffage”, révèle‐t‐elle. C’est cette femme de 66 ans qui a entamé les procédures il y a un an et demi pour alerter les copropriétaires des dégradations. A présent, elle vit avec la peur au ventre. “Quand on se couche, on ne sait pas si on va se réveiller dans son lit ou dans la cave”, souffle‐t‐elle sur un ton cynique.

Vers un règlement de la situation

La situation est en train de se débloquer pour les occupants de l’immeuble. Depuis qu’ils ont contacté l’association du Droit au Logement la semaine dernière, tout est allé très vite. Les médias se précipitent à la porte de Jennifer, Djiad et Kovincic et la maire de Coulommiers, Ginette Motot (LR), a accepté de les recevoir mercredi. “La venue des télévisions a vraiment fait bouger les choses”, se réjouit Fanny Dulin, membre de l’association.

A gauche : Au 1er étage, Kovincic Dobrila voit l’encadrement de sa porte entouré d’une brèche impressionnante. A droite : Au 2e étage, la cassure révèle la lumière du jour.

Après sa rencontre avec les habitants, la maire a fait la promesse “d’essayer d’abriter ces personnes dans un délai très court”.“Si je l’avais su avant, on n’en serait pas là”, a‐t‐elle ajouté compatissante. Pourtant, Jennifer Léger assure s’être rendue à la mairie en septembre pour expliquer la situation et montrer des photos. Mais à ce moment‐là, l’information n’était pas remontée jusqu’aux oreilles de l’édile.

Les occupants de l’immeuble n’ont pas caché leur joie en sortant de la mairie. Ils restent tout de même prudents. “Nous, on demande un relogement, pas un hôtel”, alerte Jennifer. Kovincic est encore plus catégorique. “Si elle ne nous propose pas un logement définitif, je reste et si ça s’écroule, ça s’écroulera avec moi.