Laura : « pendant des années j’ai nié l’existence de mon sexe »

Laura est jeune, belle. Elle a des amies, un travail qui lui plaît. Elle vit avec Adrien, l’homme qu’elle aime. Ils sont mariés depuis deux ans. Jusqu’en juin dernier, ils n’avaient pas eu de rapport sexuel avec pénétration car Laura souffrait de vaginisme.

Pour Laura*, il a suffi que son médecin traitant l’oriente vers la bonne personne. En quatre mois, grâce à l’aide d’une sage‐femme, elle a guéri du vaginisme dont elle souffrait depuis toujours. « C’est hyper facile, en fait », sourit la jeune graphiste de 26 ans. Elle même ne semble pas en revenir.

Derrière le mot un peu théorique de vaginisme, une réalité, celle d’un trouble sexuel qui touche 5 à 15% des femmes. Il se manifeste par une contraction involontaire des muscles vaginaux au moment de la pénétration rendant celle‐ci impossible ou douloureuse.

Même mettre en tampon n’a jamais été possible pour Laura. « Non seulement cela ne marchait pas, mais en plus cela m’angoissait presque au point de m’évanouir ». Panique identique lors de son premier rendez‐vous chez une gynécologue. La jeune femme a alors 20 ans : « au moment où elle m’a dit “déshabillez‐vous, et installez vous” j’ai fait une sorte de crise d’angoisse, je me suis mise à pleurer… Je suis presque partie en courant ».

« Je me sentais anormale, presque humiliée »

A ce stade, Laura ne peut pas encore mettre le mot de « vaginisme » sur son problème. Elle sait qu’elle a « peur de la pénétration », mais n’en a encore parlé à personne. Elle a connu des petites histoires d’amour, mais il n’a jamais été question de rapport sexuel. A ses copines, impossible de se confier. « Je me sentais anormale, presque humiliée de voir que pour elles tout semblait aller bien sur le plan sexuel ». Un jour, alors que la discussion tourne autour d’une amie qui n’arrive pas à avoir d’enfant, Laura tente le coup : « Je leur ai dit que ne s’agissait peut‐être pas d’un problème de fertilité, mais qu’elle pourrait avoir peur de la pénétration par exemple ». Devant l’incrédulité de ses copines, Laura se ravise. Elle leur explique rapidement de quoi elle parle, mais ne mentionne pas sa propre expérience.

Lorsqu’elle rencontre Arthur, son futur mari, à 22 ans, elle n’évoque pas non plus son problème tout de suite. « Je me disais que si ça bloquait avec les tampons, ça marcherait peut‐être au moment d’avoir un rapport sexuel », sans grande conviction. En réalité, c’était pire. « Quand on a emménagé ensemble c’est vraiment devenu un problème, je me mettais à pleurer dès qu’on essayait un truc ». Résultat : une vie sexuelle existante, mais pas épanouissante, selon la jeune femme. « On faisait tout ce qui n’impliquait pas de pénétration, mais ça n’aboutissait pas toujours à la jouissance de l’un ou l’autre. C’était très frustrant ».

Laura reste convaincue que le fait de tomber amoureuse et d’être avec quelqu’un l’a encouragée à prendre en mains son problème de vaginisme. Pourtant, elle n’ira consulter à ce sujet que trois ans plus tard. « Entre temps, j’ai eu des problèmes de santé, qui ont occulté mon vaginisme pendant plusieurs mois ». Le côté positif de ces ennuis médicaux, c’est qu’elle a dû retourner chez un gynécologue, qui a cette fois‐ci posé un véritable diagnostic et le mot « vaginisme » sur sa « peur de la pénétration ». Sans pour autant lui proposer de solution. Ce n’est que par hasard, des mois plus tard, lors d’une consultation de routine qu’elle finit par se confier à son médecin traitant. « Je ne m’attendais pas à une réaction aussi positive. Il m’a dit que le sexe faisait partie de mon bien être, et que le vaginisme se soignait très bien ». Il la dirige alors vers une sage femme.

Le déclic

« A partir de là, c’est allé très vite ». Lors des séances, Laura apprend à connaître son anatomie et le fonctionnement de son sexe, à l’aide de maquettes et de dessins que lui montre la sage‐femme. « C’était comme si pendant des années j’avais nié l’existence de mon sexe. Je refusais d’y penser, je ne savais pas à quoi ça ressemblait. Pour moi c’était comme s’il n’y avait rien ». En parallèle la jeune femme consulte un psychiatre qui l’aide à comprendre l’origine de son mal. Comme beaucoup de femmes vaginiques, Laura a souffert d’une éducation religieuse et stricte, où le sexe était tabou. « J’ai été livrée à moi‐même face à ces questions. Ma mère ne m’a jamais rien expliqué des règles, du sexe, de ce que ça implique… ».

A côté des consultations, la sage‐femme demande à Laura de faire des exercices pratiques chez elle : regarder son sexe avec un miroir, toucher, essayer d’introduire un doigt dans son vagin. Elle lui propose ensuite de travailler avec des dilatateurs, sortes de tiges de taille et de largeur graduelles. « J’ai mis plusieurs semaines à les essayer. A chaque fois que je sortais la trousse, j’avais peur et je la rangeais aussitôt ». Elle finit pourtant par tester le premier, plus petit qu’un tampon. « Ca a marché, c’était déjà une belle victoire. Les semaines suivantes, j’ai essayé le deuxième et ainsi de suite ». Trois mois plus tard, elle avait son premier rapport sexuel par pénétration avec son mari.

*Les prénoms ont été modifiés