Le saut en parachute : « un shoot d’adrénaline »

Avec plus de 50 000 licenciés en France, le saut en parachute connaît de nombreux adeptes. Parmi eux, beaucoup de passionnés à la recherche d'une sensation « unique » qui les sort de leur quotidien.

La première fois que la porte de l’avion s’ouvre et qu’il doit se lancer dans le vide, Paul Jean le reconnaît, il est inquiet. « J’avais une pression, parce que ça reste pas naturel de se jeter d’un avion ! », lance‐t‐il. Mais très vite, le jeune homme de 23 ans se prend au jeu. « C’était à la fois flippant et excitant. Je me suis pris une grosse claque ! »s’exclame-t-il.  

Depuis cette première expérience, il y a trois ans, Paul Jean s’est passionné pour la discipline. Ce qui lui plaît ? Le « shoot d’adrénaline » qu’il ressent à chaque fois. Il détient aujourd’hui une centaine de sauts à son actif. Et il est loin d’être le seul adepte. En France, 500 000 sauts sont réalisés chaque année et la fédération française de parachutisme a déclaré plus de 56 000 licenciés en 2017.

Un certain « goût du risque »

Ce jeu avec le danger agit comme moteur pour les parachutistes. « Je cherche à me faire peur avant tout », affirme Franz Fructus, ingénieur et adepte de chute libre. « Mais le moment que je préfère c’est juste avant le saut, quand on ne peut plus faire marche arrière. L’émotion est encore plus forte que pendant le saut ! », s’exclame-t-il, ravi.

Un sentiment qui s’explique physiologiquement selon Cécile Martha, maître de conférence en sciences du sport à l’université d’Aix-Marseille et auteure d’une thèse sur la perception du risque, notamment dans le parachutisme. Elle explique : lorsqu’il se jette dans le vide, le parachutiste reçoit une « décharge d’adrénaline liée à la situation d’urgence et de stress » qu’il est en train de vivre.

Les parachutistes seraient‐ils donc forcément des casse‐cou ? Franz Fructus reconnaît être passionné de sports extrêmes. Le jeune ingénieur compte à son actif de nombreuses compétitions de VTT descente sur des terrains montagneux, une vingtaine de week‐end par an à faire du ski hors‐piste, ou bien du kitesurf, forme de surf guidé par un cerf‐volant.

Un profil qui n’est pas rare chez les adeptes de saut en chute libre. « La plupart du temps, ce gens font preuve d’un goût du risque », affirme la chercheuse. Mais elle balaye de la main les idées reçues sur les parachutistes inconscients du danger. « Ils sont en général très peu impulsifs, ils savent que ces pratiques sont dangereuses, cette envie est très rationnelle », précise‐t‐elle.

Une sensation « unique »

Le succès de ce genre d’activité vient avant tout d’une « recherche de sensations fortes » soutient Cécile Martha. C’est une activité « grisante » confirme Franz Fructus. « Avant même de sauter, quand je mets ma combinaison et mon harnais, je ressens une pression. Et la veille, je n’arrive pas à dormir car je suis déjà excité », raconte‐t‐il avec enthousiasme. C’est une sensation « unique » abonde Paul Jean. « On coupe toutes nos pensées, on n’est que dans l’instant présent », développe‐t‐il.

Un phénomène logique pour David Gibas, consultant en psychologie du sport et auteur d’une thèse comparative sur la prise de risque en finance et dans les sports extrêmes. « Quand on est dans une situation de danger, les options sont limitées, donc on est obligés d’être absorbés par ce qu’on fait et d’être dans l’instantané. »

La dimension hormonale de l’activité est d’ailleurs essentielle selon lui. Il développe : « Pour les gens qui ne sont pas sûrs de ce qu’ils ressentent, ces sports sont essentiels. Quand je saute, je sais que je ressens un pic d’anxiété énorme, ma dopamine est à fond, ensuite l’adrénaline redescend. Il y a un gros contraste, mais je suis dans le contrôle tout du long. »

Un phénomène qui, dans certains cas rares, peut mener jusqu’à la dépendance. « Certains peuvent avoir tendance à se chercher constamment un nouveau défi, et se mettant de plus en plus en danger jusqu’à parfois y rester », souligne la chercheuse Cécile Martha. 

Pour le saut en parachute, les accidents restent toutefois rares, seuls trois décès en moyenne par an, selon la fédération. Mais une version extrême existe : le base‐jump. Il consiste à sauter d’un point fixe plutôt que d’un avion, et donc à une hauteur plus basse, sans parachute de secours. Illégal en France, il connaîtrait pourtant près de 200 adeptes.